De la luxueuse porcelaine de Limoges dans les gilets pare-balles et les blindages !

Blanche, imperméable, translucide et résistante à des températures extrêmes, la porcelaine a de sacrées propriétés… mais de là à arrêter des projectiles ! C’est pourtant le cas. Dans le Limousin, le célèbre porcelainier Bernardaud poursuit son exploration des nouveaux usages de la céramique.

Leurs assiettes, tasses, soupières et plats en porcelaine, signés Bernardaud, se pavanent dans les restaurants les plus prestigieux et luxueux du monde, à la table de la Mamounia, de Joël Robuchon… Le top du top en matière de délicatesse, finesse, élégance et de maîtrise de la porcelaine de Limoges !

Summum des arts de la table, cette céramique a tout pour paraître à priori peu compatible avec les arts militaires et des images de terrains de combats et d’affrontements armés. Porcelaine, Limoges, BernardaudForce est pourtant de constater que le savoir-faire d’un porcelainier ouvre des horizons insoupçonnés. Depuis plus de dix ans, l’historique maison Bernardaud, fondée en 1863 est pourtant devenue le fournisseur insolite, pour la police et l’armée française, de gilets pare-balles, coques, structures de véhicules et portes blindés.

« La céramique avec carbure de silicium est un matériau assez couramment utilisé dans le monde du blindage », explique, comme une évidence, Charles Bernardaud, responsable développement et des nouveaux process. « Nos capacités de production et notre savoir-faire dans la mise en forme de céramiques très complexes pour la vaisselle ont en effet conduit à un partenariat en 2004 avec la DGA, Direction Générale de l’Armement, l’IRCER, Institut de recherche sur les céramiques et les écoles d’ingénieurs de Limoges ».

Atelier de fabrication de coques, plastrons et structures blindés.DR/Bernardaud.

Bernardaud, Haute-Vienne, Limoges, gilet pare-balles

Les fameux carreaux de céramique insérés dans les gilets pare-balles.MP

Quatre années de recherche plus tard, éloignée tout de même des assemblages classiques de la porcelaine (50 % de kaolin, feldspath, quartz…), une céramique composite prenait corps (à la formulation restée top secrète) « capable de casser les projectiles et offrant un niveau de résistance balistique extrême. Ce matériau, qui se présente sous forme de petits carreaux de 5/5 cm, insérés dans un tissu Kevlar tel un puzzle, s’est avéré dans la fabrication de gilets pare-balles le meilleur compromis entre le poids (par rapport au métal par exemple plus lourd), la performance et le coût », ajoute Charles Bernardaud.

La porcelaine, plus résistante et durable que le béton

Cette capacité de résistance exceptionnelle de la céramique composite a depuis débouché sur d’autres usages tout aussi innovants. En 2016, la façade du palais de justice de Limoges a été recouverte de grands carreaux de porcelaine.

palais de justice de Limoges

Le palais de justice de Limoges recouvert de porcelaine.DR/Bernardaud

« Nous avons réalisé des tests sur une dalle et la porcelaine s’est montrée trois fois plus résistante que le béton. Outre sa qualité esthétique, c’est également un matériau mécaniquement qui tient le coup, plus durable que le béton, résistant au givre car non poreux et imputrescible », liste le descendant de l’empire familial, qui se prête à rêver d’une ville entièrement construite en porcelaine.

Fort d’un bureau d’études qui teste en continu divers assemblages, émaux, couleurs et formes de plus en plus complexes… et de ses 400 salariés, la société Bernardaud pénètre  progressivement de nouveaux marchés. « Nous sommes en plein développement par exemple de packaging pour la cosmétique, avec la conception de pots en porcelaine rechargeables et donc durables ».

Bernardaud, cosmétique

La porcelaine, matériau non poreux, devient de plus en plus prisé en cosmétique (pots Sothys)/DR Bernardaud.

Sans compter le secteur des luminaires qui permet d’exploiter les propriétés de transparence de la porcelaine ou même, le revêtement de routes, avec l’utilisation de rebuts de porcelaine pour créer un effet de brillance et réduire de fait l’éclairage public. Pour Charles Bernardaud,« oui, nous sommes en effet de plus en plus sollicités pour des projets qui sortent de l’ordinaire et de nouveaux usages impliquant ce matériau inerte et résistant ».

 

 

 

 

Marianne Peyri