N’utilisons-nous vraiment que 10 % de notre cerveau ?

C’est une croyance répandue : on n’utiliserait qu’une petite partie de notre cerveau. C’est faux ! Quelles sont les origines de ce mythe. Pourquoi est-il infondé ?

« Nous n’utilisons que 10 % des capacités de notre cerveau. » Qui n’a jamais entendu cette phrase selon laquelle 90 % de nos compétences ne seraient pas exploitées ? Cette idée reçue circule allègrement depuis plus de 100 ans sans que l’on puisse retracer précisément sa source.

Au XIXe siècle, les phrénologues croyaient que seuls les neurones corticaux contenaient les souvenirs. Ensuite, William James, un important psychologue du XIXe siècle (tenu pour un partisan du paranormal), aurait, dans ses écrits de vulgarisation, utilisé des métaphores quant au caractère perfectible de nos capacités mentales. Puis, le biologiste, psychologue et comportementaliste américain Karl Spencer Lashley a découvert sur des rats que les souvenirs des rongeurs sont emmagasinés dans leur cortex cérébral. Et il a montré que même après avoir perdu 58 % de cette zone du cerveau, les rats pouvaient encore réaliser des apprentissages simples.

Enfin, Albert Einstein lui-même aurait contribué, prétend-on, à entretenir le mythe du 10 % en déclarant à un journaliste, sans doute pour plaisanter, que son génie provenait du fait qu’il utilisait plus de 10 % de son cerveau.

Une thèse qui a la vie dure

Depuis, cette idée reçue a été alimentée et entretenue par divers mouvements (New age, télépathie, télékinésie…) et ouvrages de « pop » psychologie, vantant des méthodes capables de développer les 90 % manquants. Elle a aussi été exploitée dans des œuvres de science-fiction : le film « Lucy » de Luc Besson, repose entièrement sur ce mythe. Le personnage joué par l’actrice Scarlett Johansson voit ses capacités intellectuelles et physiques décuplées suite à l’inoculation accidentelle d’une drogue dans son corps.
Bernard Werber relaye l’idée du 10 % dans L’Encyclopédie du savoir relatif et absolu sans pour autant l’étayer scientifiquement…

La faute aux cellules gliales ?

Autre élément qui pourrait contribuer à sa pérennisation : la découverte à la fin du XIXe siècle des cellules gliales, qui sont quatre fois plus nombreuses que les neurones. Ainsi, nous n’utilisons que 20 % de notre cerveau pour penser. Ce qui est rapidement devenu : nous n’utilisons notre cerveau qu’à 20 % de sa capacité…

Les neurosciences prouvent le contraire

Toutefois, dans l’état actuel des connaissances en neurosciences, plusieurs éléments permettent de réfuter cette thèse, entre autres : si 90 % du cerveau étaient inutilisées, alors les lésions cérébrales de ces zones ne devraient pas détériorer son fonctionnement. Or, il n’existe quasiment aucune zone cérébrale dont la lésion ne laisse pas de séquelles.

De plus, les technologies telles que la tomographie par émission de positrons (TEP) et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) démontrent que chaque partie du cerveau est en activité, au moins partiellement, même pendant le sommeil.
Il n’existe aucune zone sans fonction (auditive, visuelle, olfactive, tactile, somesthésique, cognitive, exécutive, motrice…). Une scintigraphie du cerveau montre elle aussi qu’il n’y a pas de zones « blanches » (non radioactives), où les cellules seraient inactives.
Enfin, notre encéphale nécessite 20 % de l’énergie corporelle alors qu’il ne représente que 2 % de la masse corporelle.

Pour améliorer ses capacités, miser sur la plasticité cérébrale

Que l’on se rassure : cela ne signifie pas pour autant que nos capacités cérébrales sont figées et ne peuvent progresser. Les découvertes récentes montrent que notre encéphale est capable de plasticité cérébrale : nous pourrions développer en permanence des connexions supplémentaires et, même, fabriquer de nouveaux neurones, ce que l’on croyait impossible il y a encore quelques années.

D’ailleurs, ce qui définit notre intelligence ne serait pas tant nos 100 milliards de neurones mais plutôt les milliards de connexions que ceux-ci créent entre eux, telle une immense toile. A vous de solliciter chaque parcelle de vos méninges pour progresser en langues, mathématiques, origami ou… Zumba !

 

Florence Heimburger