Renard : pourquoi on ne doit plus le considérer comme nuisible

Nuisible, le renard ! C’est l’argument brandi par la Fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime qui encourage ses adhérents à s’impliquer activement dans la « régulation de ces prédateurs nuisibles ». Seul hic, cet argument n’a aujourd’hui plus aucun fondement scientifique. Explications.

Au moins 400 000 renards roux sont tués chaque année en France. Un chiffre très en deça de la réalité pour l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), organisatrice en 2017 d’un grand colloque national sur le renard, qui estime que « 600 000 à un million de renards sont victimes de la chasse et du piégeage. »

L’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), établissement public peu suspect de complaisance à l’égard du Goupil, admet d’ailleurs « qu’en l’absence de directives nationales prévoyant la restitution des données de destruction à tir et par déterrage, les prélèvements de certaines espèces comme le renard restent sous-estimés. »

Qu’est ce qu’une espèce nuisible ?

Classé parmi les espèces « nuisibles » (ou plutôt, depuis juin 2018, parmi les espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts »), le renard roux peut en effet être chassé par tous les moyens et toute l’année, y compris en dehors de la période de chasse. Rappelons qu’au plan légal, une espèce est considérée comme « nuisible » si elle est susceptible de porter atteinte à la santé et à la sécurité publiques, à la protection de la flore et de la faune ou aux activités agricoles, forestières, aquacoles, et à d’autres formes de propriété. Mais pour les défenseurs du renard aucun des arguments mis en avant pour justifier sa « régulation » ne résiste à l’analyse.

« Réguler » le renard pour éviter la propagation de maladies

Les chasseurs affirment que la « régulation » des renards permettrait de limiter la propagation de certaines maladies comme l’échinococcose alvéolaire. Or, seuls 10 à 15 cas de cette maladie, provoquée par un ténia, parasite à l’état adulte de l’intestin grêle des carnivores, sauvages et domestiques, sont diagnostiqués chaque année en France.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) suggère, pour lutter contre l’échinococcose alvéolaire, de vermifuger régulièrement les carnivores domestiques susceptibles d’être en contact avec la faune sauvage et souligne que « l’abattage des renards et des chiens errants semble très inefficace ».

Dans le cas de la maladie de Lyme, transmise à l’homme par les tiques, il est tout aussi inefficace voire « contre productif » d’abattre les renards sous prétexte de protéger les populations humaines.
Une étude néerlandaise récente publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society montre en effet que la présence de renards en forêt réduirait le nombre de tiques infectées par la bactérie Borrelia burgdorferi, responsable de cette terrible maladie. En empêchant les renards de réguler les populations de rongeurs, sur le dos desquels se nourrissent les tiques, les chasseurs jouent donc plutôt un rôle négatif dans la « gestion sanitaire » de nos campagnes.

 

Chaque renard éliminerait 6 000 campagnols par an.PHOTO DR D.-R. B.

« Réguler » pour protéger « la petite faune des plaines »

La Fédération départementale 17 appelle ses adhérents chasseurs à « s’impliquer personnellement dans la limitation de (ces) prédateurs afin de favoriser le développement du petit gibier sédentaire », notamment le lièvre. Or, une étude expérimentale sur la prédation du renard sur le lièvre menée par l’ONCFS tend à montrer que « la densité de lièvres dépend très peu de l’abondance du renard » et ne permet pas de conclure à l’intérêt d’une limitation intensive de ce canidé sauvage…

Le renard se nourrit de rongeurs, mais aussi de lapins, d’insectes, de lombrics, de charognes ou de végétaux.
PHOTOS DR Denis-Richard Blackbourn

« Réguler » pour protéger la propriété d’autrui ?

Faute avouée étant à moitié pardonnée, confessons que Goupil s’introduit parfois dans les poulaillers et se sert sans en demander l’autorisation. Mais de telles atteintes au bien d’autrui pourraient être évitées en enfermant chaque nuit les poulettes et en entourant son poulailler d’une grillage assez haut, enterré de plus de 30 centimètres. Par ailleurs, « même s’il croque une poule de temps en temps, le renard est essentiellement un chasseur de campagnols », tempère le naturaliste Marc Giraud. « En régulant leurs populations, il préserve les céréales et protège notre pain quotidien. C’est aussi un charognard et à ce titre, il fait fonction d’éboueur de la nature. Il nous rend donc de nombreux services et le bilan avantages/inconvénients est plutôt à son avantage. »
Somme toute, le renard est bien plus utile aux humains et à la biodiversité que nuisible…

Alexandrine Civard-Racinais

Photo Denis-Richard Blackbourn


La fin de la « prime au mérite »

La « prime au mérite » proposée aux chasseurs adhérents de la Fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime n’a pas fait long feu. La promesse d’une récompense sous la forme d’un « remboursement du permis chasse départemental 17 et de l’assurance chasse à tous les chasseurs qui rapporteront individuellement au moins 35 queues de renards capturés (sic) pendant la saison », assortie de la remise de bons d’achats conséquents — 500€, 350€ et 150€ — aux chasseurs les plus performants avait en effet suscité un véritable tollé.
« Le regard que nous portons sur le renard évolue.  Il y a une trentaine d’année, il était le mal aimé de tous. Aujourd’hui il n’y a plus que les chasseurs qui lui vouent une détestation sans bornes », déplore  Marc Giraud. Prise en tenaille entre les citoyens opposants à la chasse et les associations de protections animales, la Fédération départementale 17 a fait marche arrière.