La Creuse pourrait avoir 40 ans d’avance !

Un rapport paru à la rentrée propose de transformer les handicaps de la Creuse en atouts pour son développement. En gros, trouver les endroits où son retard est une avance par rapport à des besoins qui existent ailleurs. Une approche novatrice qui n’attend qu’une mise en œuvre.

Si la sociologie est un sport de combat, celle que pratique Jean-Marie Guilloux, est de l’ordre du judo : s’appuyer sur ses faiblesses pour en faire une force. « En France, on ne sait pas définir ce qu’est le rural ; l’idée du rural, c’est ce qui n’est pas urbain. On en a une idée patrimoniale qui ne dépasse pas le tourisme vert. C’est une vision muséale. Il faudrait cesser de considérer le rural comme un territoire à aider mais plutôt comme un levier pour les nécessités contemporaines. »

Avec le géographe Gérard-François Dumont, pour la mission Agrobiosciences de l’INRA, Jean-Marie Guilloux a arpenté la Creuse à la demande de la région Nouvelle-Aquitaine pour en tirer des enseignements qui puissent servir d’exemple régional, voire national ou plus. Parce que la Creuse est un peu symbolique de ces départements pour lesquels l’Etat ne sait plus trop quoi faire. Sa population a été plus que divisée par deux en cent ans et n’a cessé de vieillir en atteignant des sommets.

Des départements pour lesquels tout semble perdu parce que les solutions sont toujours les mêmes : « Les agents de développement ont tous la même formation. On n’est pas venu comme des aménageurs, ce que l’on veut éviter c’est les bretelles d’autoroute, la mise en valeur du patrimoine non-vivant pour attirer les touristes et les retraités et des ronds-points, des ronds-points et encore des ronds-points. »

Des pépites locales à connecter

Des solutions, il suffit d’être à l’affût pour les trouver. En Creuse, il y a un lycée du design à La Souterraine, un pôle domotique à Guéret et le lycée du bâtiment à Felletin qui, tous les trois, sont reconnus nationalement : « Mais ces lycées ne se parlent pas alors il y aurait besoin nationalement d’une formation pour adultes qui combine ces trois spécialités. »

Le rapport a pointé cette solution simple et la Région Nouvelle-Aquitaine concrétise l’avant-projet de cette nouvelle formation. Une solution parmi des dizaines d’autres que Jean-Marie Guilloux qualifie de « développement endogène : ce sont des pépites locales que l’on essaie de mettre en connexion entre elles en regardant les nécessités ailleurs. »

Université sans professeur

Le meilleur exemple serait cette université sans professeur que le rapport appelle de ses vœux et qui serait une aubaine pour attirer des jeunes dont le département est privé : il n’existe aucune université en France qui enseigne justement ce développement endogène mais des professeurs répartis dans différentes autres universités qui en abordent des aspects éparpillés.

Et toujours dans cette démarche, les auteurs du rapport sont allés rencontrer des responsables en Espagne, en Roumanie et encore au Sénégal qui ont besoin de ce type d’enseignement et seraient prêts à coopérer à cet établissement d’un nouveau genre : « On pourrait obtenir avec ça des financements européens de haut niveau. »

Il ne reste plus qu’à mettre l’ébauche en route. Et contourner les résistances françaises qui veulent qu’une université soit fatalement dans une métropole alors «que « Oxford, Cambridge, Yale sont dans des villes moyennes. Dans ce type de ville, les étudiants sont acteurs ; dans une grande ville, ils sont consommateurs. »

Solutions cachées de développement

Ce genre de solutions, plus ou moins ambitieuses mais toujours innovantes, émaillent un rapport dont un premier pas va être mis en place : la création d’une équipe qui travaillera à l’échelle régionale pour trouver des sources cachées de développement. Mais « ce qui est intéressant dans la Creuse, c’est qu’il n’y a pas de vocation identitaire, pas de repli sur soi. » Ce qui permettrait d’éviter le spirale de l’enlisement : « Si on reste sur les nécessités locales, on fait des médiathèques, des piscines ludiques et encore des ronds-points. Et ça, les gens en ont assez. » Tourner en rond en ayant l’impression d’avancer… ça ne dure qu’un temps.

Le rapport est disponible ici.

 

Photo : www.utagawavtt.com