Les vers géants colonisent le bassin d’Arcachon, les Landes et le Pays basque

Un nouvel envahisseur venu d’Asie du Sud-Est menace les lombrics de nos jardins. Son nom : Bipalium kewense, un ver géant arrivé sur notre territoire à la faveur du commerce des plantes exotiques, planqué dans des pots de fleurs.

Tremblez misérables vers de terre. Car nos jardins sont en train de prendre des allures de Far-East depuis qu’un ver XXL originaire des régions semi-tropicales d’Asie du Sud-Est y a pris ses quartiers. Bipalium kewense (son nom scientifique) affiche en effet des mœurs assez expéditives. Ce prédateur terrestre, capable de venir à bout de proies deux fois plus grandes que lui, « possède un armement chimique incluant la tétrodotoxine, un des neurotoxiques les plus puissants du monde, mille fois plus actif que le cyanure », détaille Jean-Lou Justine, professeur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), auteur du premier état des lieux de l’invasion, issu d’un travail de cinq ans basé sur la science participative.

PHOTO Pierre Gros

Bipalium kewense immobilise les vers de terre grâce à la tétrodotoxine, le poison paralysant des célèbres poissons Fugu, prisés des Japonais. PHOTO DR/ Pierre Gros

Les Pyrénées-Atlantiques, un paradis pour les vers géants

En France, la plupart des vers géants de la famille des Plathelminthes terrestres ont été trouvés dans le sud, en particulier dans les Pyrénées-Atlantiques qui regroupent près de la moitié des signalements. « Il semble que ce département, avec ses hiver doux et ses étés jamais tout à fait secs, constitue un petit paradis pour eux ».

Et il ne s’agit manifestement pas d’un engouement éphémère… « Depuis la publication de nos travaux à la fin de l’été, j’ai reçu une bonne trentaine de nouveaux signalements qui confirment la prédominance des Pyrénées-Atlantiques, précise Jean-Lou Justine. Les communes landaises de Narrosse, Seignosse, Castets ou encore Bélus viennent de rejoindre les rangs des communes concernées ». En Gironde, moins touchée pour le moment, B. kewense est déjà aux portes du bassin d’Arcachon.

« Un danger pour la faune indigène » 

« En l’absence de prédateurs naturels connus, il est là pour rester ! D’autant qu’il a la capacité de s’enfouir dans le sol lorsque les conditions sont défavorables et de réapparaître quelques mois plus tard. À Billière (Pyrénées-Atlantiques), une de nos observatrices en a trouvé enfouis à 20 cm de la surface en plein hiver. » Et ce n’est pas le seul talent de B. kewense capable de se… cloner. Lorsqu’il atteint la taille de 20 cm, un fragment de sa queue se détache et devient un nouvel individu en deux à trois semaines. Car le bougre est un adepte de la reproduction assexuée, ce qui est sans doute l’une des explications de son succès.

PHOTO Pierre Gros.

A peine détaché du corps de Bipalium kewense, le fragment de queue libre est immédiatement mobile. La tête et le pharynx se développent dans les sept à dix jours qui suivent.
PHOTO DR PG

Nos vers de terre ont donc quelques raisons de s’inquiéter…. « En tant que prédateurs actifs, ces vers invasifs constituent un danger pour la faune indigène partout où ils sont introduits », martèle Jean-Lou Justine « même si nous ne sommes pas mesure de quantifier précisément cette menace pour l’instant, faute de travaux en écologie sur ces espèces ». En attendant, les propriétaires de jardins sont invités à signaler toute présence de ver(s) étranger(s) à tête(s) de marteau. WANTED !

Alexandrine Civard-Racinais


A SAVOIR

Trois espèces de vers géants en France métropolitaine

Outre Bipalium kewense, deux autres espèces de vers géants sont signalées en France métropolitaine : Diversibipalium multineatum (très présent lui aussi en Nouvelle Aquitaine) et une autre espèce de Diversibipalium « noire » sans nom. Tous trois font partie de la famille des Platelminthes terrestres. A l’heure actuelle, ils ne sont pas considérés comme des Espèces Exotiques Envahissantes (EEE), bien qu’ils en aient toutes les caractéristiques.


EN PRATIQUE

  • Comment reconnaître Bipalium kewense et éviter de le confondre avec Diversibipalium multineatum, un autre ver géant également présent dans en Nouvelle Aquitaine?

Bipalium kewense et Diversibipalium multilineatum présentent de nombreuses ressemblances, mais seul le second arbore sur le dessus de la tête un « point d’exclamation à l’envers ».

  • Comment signaler la présence de Bipalium kewense (ou de Diversibipalium multineatum) dans votre jardin ?

– Après avoir pris une photo de l’alien, il suffit de remplir, en quelques clics, un

formulaire en ligne sur le site dédié aux Espèces Exotiques Envahissantes et à la Faune Introduite en France (EEE-FIF)

– Le professeur Justine explique également la marche à suivre sur sa page Que faire si je trouve un Plathelminthe ?