Les vieux sapins refont les dunes landaises

Ah la magie de Noël… qui s’achève généralement par la galère pour aller se débarrasser de ce pauvre sapin qui perd ses épines dans la bagnole… ben merci Noël ! Mais dans les Landes, le pauvre arbre mort retrouve une nouvelle vie en stabilisant la dune.

L’idée est née il y a quatre ans à Soustons et Capbreton qui se retrouvaient tous les ans avec des dizaines de ces sapins abandonnés devant les déchetteries ou, plus simplement, dans les bois. Dans les bois, justement, où l’ONF ne savait pas trop qu’en faire. C’est Arnaud Bassibey, responsable forestier de la zone, qui a eu l’idée de les utiliser pour combler les « siffle-vent » qui érodent peu à peu la dune face à l’Océan.

« Les gens passent toujours au même endroit et la végétation meurt. Cela crée un trou dans la dune où le vent s’engouffre, ce qui agrandit peu à peu le trou. » Et à force, les trous se rejoignent, et la dune recule. Tous les ans, l’ONF fait venir des entreprises privées qui viennent apporter des résidus végétaux pour combler ces chicots : coût de l’opération, 12 000 € à l’hectare.

2050 sapins à Ondres et Capbreton

En récupérant les sapins, avec les bénévoles (comme à Capbreton) ou les services municipaux (comme à Ondres), c’est tout de suite autre chose. A Capbreton, ce sont 1800 sapins qui ont recouvert cette année un demi-hectare de dune, 250 arbres à Ondres… En amont, les services techniques « rasent » les branches basses d’un côté, de manière à ce que l’arbre ne puisse pas rouler et soit posé à plat.

Puis on les dispose côte à côte dans le trou de la dune, le pied en bas pour le maintenir. En quelques semaines, le sable se prend dans les branches et « 99% des sapins sont recouverts début mai. »

Le sol est enrichi

A terme, en trois ans, l’arbre est décomposé, améliorant la richesse d’un milieu dunaire où ne poussent que des plantes très spécifiques. D’où l’inconvénient potentiel de bouleverser l’équilibre écologique : « Certaines plantes peuvent devenir invasives. Et leur système racinaire ne tient pas le sable. Mais pour l’instant, on n’a repéré aucun changement négatif. »

Ces dunes accueillent des espèces rares, comme la corbeille d’or des sables, qu’on ne trouve que sur 200 kilomètres de côtes basco-landaise ou encore le lézard ocellé, le plus grand d’Europe, lui aussi plutôt rare.

L’initiative commence à s’étende. En Vendée et dans le Nord, l’idée de réutiliser le sapin de Noël commence à prendre du poids. Même s’il ne faut pas rêver : ce n’est pas ça qui va enrayer l’érosion du littoral. Une grosse tempête et les sapins sont dispersés. Mais au moins, c’est un pansement utile. Et une manière de redonner vie à tous ces arbres.

Jean Luc Eluard