Le régime paléo, un vrai plat d’idioties !

C’est une tendance qui traverse toutes les classes sociales, et c’est même devenu une religion aux Etats-Unis où les stars en sont les porte-parole,… Mais le régime paléo est avant tout une accumulation d’approximations et de fake news. Tour d’horizon

C’est le régime de cette saison 2018/2019… Une mode qui arrive aussi vite qu’une tempête de grêle. Et les victimes sont tout autant nombreuses. On se demande ce qui a pu passer dans la tête certains experts auto-proclamés pour embarquer derrière eux une myriade de consommateurs/trices dans leur chute.

En plein retour de la fascination pour l’homme de Néandertal, l’occasion était trop belle pour ne pas jouer sur l’une des deux mamelles du buzz (le sexe et la bouffe, voyons !), avec le régime paléo.

L’idée est de copier nos ancêtres chasseurs-cueilleurs du paléolithique, c’est à dire d’une période très large allant de 10.000 à trois millions d’années avant notre ère. Et que mangeaient-ils ? Ce qu’ils glanaient ici ou là comme des fruits, des graines ou encore des poissons ou de la viande après laquelle ils couraient (ou qu’ils piégeaient).

La révolution agricole du néolithique n’ayant pas eu lieu, les laitages, céréales ou légumineuses n’étaient pas connus. Ouch. Même pas une petite bière ou du rouge pour accompagner la bidoche difficilement acquise ? Non, non… pas de culture de vigne et pas de céréale !

Finalement tout diététicien en herbe peut se dire que ce n’est pas si mauvais que cela un régime paléo…

Si, si, l’homme est adapté au régime moderne

La première intox (intellectuelle) réside dans l’argument principal, censé être massif. Pour les adeptes du paléo, le génome humain n’a pas eu le temps de s’adapter en si peu de temps à notre « révolution » alimentaire qui a vu émerger rapidement nombre de produits. Le raccourci est vite énoncé… Tournicoti, tournicoton : cela explique tous nos problèmes de digestion, sans compter le diabète et l’obésité de nos sociétés modernes ! Voilà voilà…

Sans compter que les tenants du paléo oublient de dire qu’il ne peut pas y avoir un régime alimentaire type sur une période de 3 millions d’années et différents continents.

Fuir l’alimentation industrielle

Si le dogme a réussi à se faufiler aussi facilement que rapidement c’est qu’en revenant à nos origines, les consommateurs veulent fuir les aliments transformés industriellement. Ou encore la pollution liée à l’environnement et des produits trop riches en gras, sucres ou sel. Une volonté louable et même bénéfique.

Mais exclure les glucides autres que ceux des fruits et du miel au prétexte de lutter contre la glycémie est dangereux car le corps en a besoin. Le magazine Sciences et avenir rappelait que c’est un nécessaire carburant : « Quand il vient à manquer, le corps doit mettre en marche une voie métabolique annexe (néoglucogenèse) afin de le fabriquer à partir d’acides aminés issus des protéines. À terme, le manque chronique de glucose peut être néfaste pour les reins qui drainent un surplus de déchets issus de la dégradation des protéines. »

Et le paléo est loin d’être vegan, c’est une alimentation qui dépasse de 2 à 3 fois le taux conseillé de protéines.

Mais les effets les plus graves seront ressentis chez les enfants qui ont besoin de calcium nécessaire à leur développement.

Si cela ne vous suffit pas, sachez que les gourous du paléo s’appuient sur des études scientifiques partielles et erronées comme le rappelle le journaliste du Monde Pierre Barthélémy dans son blog « Passeur de Sciences ».

Il cite le livre bien nommé Dans l’œil du pigeon du professeur d’écologie comportementale à l’université du Québec Luc-Alain Giraldeau (Le Pommier). Le scientifique rappelle quelques évidences : il n’y avait pas qu’un seul régime paléo à travers le monde et les siècles, la viande consommée par les « paléo » n’était pas celle de l’élevage sélectionné de nos jours et cela est pareil pour les fruits et légumes qui ont été adaptés par et pour l’homme.

Revenir aux origines et au naturel, pourquoi pas. C’est lyrique mais la grande majorité des arguments est fausse.
Bon appétit.

Alexandre Marsat