En Charente, une école maternelle se tient dans la forêt

C’est une première en France ! Depuis la rentrée dernière, onze bambins font l’expérience de la maternelle en forêt, à Marsac en Charente. Un concept inspiré des Forest School, ou école dans la nature, qui fait des émules un peu partout en Europe, aux Etats-Unis et au Canada.
Notre journaliste a poussé les portes de cette maternelle pas comme les autres.

Lorsque j’interroge Sandy sur les raisons qui l’ont conduite à inscrire ses deux petits garçons à la maternelle en forêt, elle balaye le paysage du regard : « C’est le rêve pour des enfants ! ». Le domaine équestre de Chantemerle s’étend sur 30 hectares de prairies et de forêts. C’est ici que cette école privée, laïque et hors contrat, a ouvert ses portes en septembre dernier.

Un beau terrain de jeu pour les 10 bambins de 2 à 5 ans qui m’attendent de pied ferme ce matin. Il y a là Nathaël et Evann, Ruben, Zachary, Ugo, Louna, Arthur, Sirius et Romane.

La forêt, terrain d’apprentissages en plein air

10 heures : La petite troupe s’ébranle. Vêtus de combinaisons imperméables et chaussés de bottes, les marmots s’élancent vers la forêt. Un camp de base doté de toilettes sèches et de tables en bois les y attend. « Les matinées sont plutôt dédiées aux activités motrices, effectuées en groupe, en lien avec la nature et l’environnement. Les notions un peu plus académiques sont abordées l’après-midi avec les enfants les plus âgés », explique Nancy Balivet.

Nancy était éducatrice spécialisée à l’Institut Médico Educatif d’Angoulême (IME) avant de se lancer dans l’aventure de la Maternelle en forêt. Sa co-directrice, Sophie Biguet, était psychologue scolaire. Les deux complices se sont rencontrées à l’IME. Le respect de l’environnement et des animaux, la vie en groupe, l’entraide, sont au cœur de ce projet éducatif, qui s’inspire des Waldkindergarten ou écoles dans la nature, en vogue en Allemagne, pays de naissance de Davina Weitowitz, la propriétaire des lieux. Ce matin, il s’agit, entre autres, de trouver des pommes de pin afin de créer une décoration végétale.

Un espace a été aménagé pour permettre aux enfants de se poser entre deux activités. Ici tout est prétexte à apprentissage. PHOTO ACR

Le respect de l’autre et de la nature au cœur du projet

« Depuis la rentrée, les enfants ont beaucoup gagné en autonomie », se réjouit Nancy. Ici, on distribue davantage d’encouragements et de félicitations que de bonbons. Et les enfants font de même. « Ils s’encouragent les uns les autres et s’entraident beaucoup ». « Nathaël tu es dans les orties, tu vas te faire mal ! » lance Ruben. À trois ans, cet attachant petit bonhomme connaît déjà le son de toutes les lettres de l’alphabet et va bientôt apprendre à lire « parce qu’il en a vraiment envie ».

Ici, la pédagogie est individualisée et tient compte des appétits, des rythmes et des limites, voire des handicaps de certains. L’enfant qui vient de se nicher sur mes genoux est autiste. Il progresse à son rythme. Un autre enfant, Nathaël a connu une première expérience scolaire traumatisante. Aujourd’hui, « il s’éclate », témoigne sa mère. Les enfants sont aussi encouragés à exprimer leurs émotions et à trouver des solutions pour gérer leurs conflits, sous les regards bienveillants de Nancy et Sophie.

La forêt et le potager constituent les deux pôles autour desquels s’articulent les activités. PHOTO ACR

Qui sème des graines récolte… ce qu’il veut

11h15. Arrivée au potager pour une séance de motricité fine avant la pause déjeuner. Insérer de petites graines de lentilles entre les écailles d’une pomme de pin n’a rien d’évident, même quand on a des petites quenottes. Ceux qui ont terminé s’occupent librement. « Chaque enfant peut ainsi donner libre cours à son imagination », commente Sophie. Dans les mains de Ruben, deux morceaux de bambous se transforment en marteau, couteau pliable, cuillère et même en pistolet.

Une créativité qui réjouit ses enseignantes et illustre parfaitement le propos de Nancy. « Il ne s’agit pas de révolutionner l’éducation, mais de proposer quelque chose de simple, d’authentique, en accord avec nos valeurs de respect de l’autre et de la Nature ».

À voir la mine réjouie des bambins et la satisfaction de leurs parents, le pari est réussi. La prochaine étape devrait être l’ouverture d’une « classe » pour les enfants de 7 à 11 ans.

Alexandrine Civard-Racinais