La moquette creusoise à l’assaut du Sénat et du Ritz

La Manufacture royale du parc, comme son nom suranné l’indique, c’est un pan du patrimoine industriel creusois situé à Aubusson. L’une des dernières entreprises françaises à fabriquer encore de la moquette.
Fini la moquette jaunie pleine d’acariens. Là on parle de luxe et d’élégance.

De la moquette à Aubusson, dans le fief de la tapisserie, l’idée pourrait paraître étrange. Pourtant moquette et tapisserie ont un ancêtre commun. Eh oui, il fallait vraiment être Anglais pour avoir l’idée, somme toute assez saugrenue, de marcher sur des tapisseries destinées aux murs. Les nobles british avaient sans doute le pied délicat et deux tapissiers français en visite Outre-Manche en ramenèrent l’idée en 1740.

Il faut attendre l’après-Révolution pour voir la moquette fouler le sol creusois : c’est alors que l’entreprise Sallandrouze, qui a le droit de s’intituler « royale » depuis le siècle précédent, passe du mur au sol. C’est d’elle que l’actuelle Manufacture Royale du Parc est l’héritière.

Héritière dans tous les sens du terme : on a hérité du nom, du savoir-faire et… des machines. Certaines, qui fonctionnent encore, ont plus d’un siècle d’existence au compteur. La technique n’a que peu évolué depuis l’origine.

Les moquettes standards, celles qui chatouillaient les dessous de pieds des chambres et des sous-préfectures, sont fabriquées à l’étranger dans des usines modernes. Le principe y est simple : on prend un « dossier » (le dessous de la moquette) tissé et on y pique des fils contenant plus ou moins de laine et de polyamide en fonction de la gamme.
A la Manufacture royale du parc, on emploie une technique particulière : les métiers à tisser travaillent tout ensemble. Les fils de laine sont entrecroisés dans le dossier, un peu comme du tricot. Résultat, ils sont quasiment inarrachables et la moquette résiste bien mieux au piétinement.

Académie française, TGV et Matignon

C’est pour cela qu’on la retrouve en priorité comme moquette d’escalier des immeubles haussmanniens parisiens ou des quartiers riches des grandes villes.
Mais aussi au Sénat, à Matignon, à l’Académie Française ou au Ritz. Ici, pas de miettes de gâteaux coincés dans les poils mais un piétinement continu qui nécessite de la solidité. Tout comme dans les autres débouchés de la Manufacture royale du Parc que sont les cabines de pilotage d’Airbus ou les TGV.
La seule occasion pour le commun des mortels de fouler les royaux revêtements. Pour le prix d’un billet, c’est l’occasion de marcher comme un académicien.

 

Jean-Luc Eluard