Les requins sont-ils vraiment des mangeurs d’hommes ?

Sur les réseaux sociaux et la toile, de nombreux montages vidéo ou photo (parfois assez grossiers) montrant des attaques de requins circulent, recueillant toujours plus de vues. Elles véhiculent une image négative et erronée des requins. Car la réalité est bien différente de la fiction.

La peur d’être la proie des « dents de la mer » ne date pas du film de Steven Spielberg. Cette hantise de la dévoration par un animal sauvage (qu’il s’agisse d’un requin ou d’un loup) est ancrée au plus profond de notre psyché. Pourtant une telle peur est totalement irrationnelle. « Un individu se met davantage en danger en traversant la rue pour aller trouver du boulot, qu’en se mettant à l’eau », ironise Bernard Seret. Pour ce scientifique, spécialiste des requins, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Panneau interdisant la baignade dans les eaux de la commune de St Paul (La Réunion), en raison du « risque de présence de requins ». PHOTO Alexandrine Civard-Racinais

Le labrador plus à craindre que le grand requin blanc ?

En 2018, 66 attaques non provoquées, ayant causé la mort de 5 personnes, ont été recensées à travers le monde par l’ISAF qui fait référence en la matière. « On dénombre en moyenne 6 morts par an pour 70 à 100 attaques enregistrées à l’échelle mondiale. C’est peu, au regard de la fréquentation croissante des mers et des océans. »

Un chiffre à comparer également avec les « 33 décès liés à des morsures de chiens, recensés rien qu’en France au cours des 20 dernières années, soit 1,7 décès par an. La plupart du temps, ces accidents ont lieu au domicile et, parmi les races de chien impliquées, on trouve le labrador, ce bon toutou au dessus de tout soupçon… »

Le requin goûte peu la chair humaine

Contrairement aux idées reçues, le requin ne « choisit » pas délibérément de manger un baigneur ou un surfeur. « On parle d’un animal sauvage, dans son milieu naturel. Il s’agit d’un prédateur opportuniste. Quelque chose passe à sa portée, s’il lui est facile de l’attraper, il goûte, si c’est mangeable, il mange… point barre ». C’est ainsi que le grand requin blanc adulte « recrachera » le plus souvent une proie humaine, pas assez grasse à son goût.

Rappelons que la nourriture du grand requin blanc est essentiellement constituée d’otaries, de phoques ou d’éléphants de mer. L’homme ne fait pas partie de son régime alimentaire. Des tests menés en laboratoire il y a quelques années (sur une espèce plus petite) ont même montré qu’un échantillon de sang humain déclenchait moins d’intérêt qu’un échantillon de sang de calmar ou de crevette…

Le requin déviant n’existe pas

Mais n’y aurait-il pas des requins « déviants », pour ne pas dire psychopathes, voire « mutants », termes entendus dans la bouche d’hommes politiques au cours de la « Crise requin » qui a enflammé La Réunion il y a quelques années ? Des requins qui, ayant goûté à de la chair humaine, n’aurait de cesse de remettre le couvert ? « C’est totalement délirant » soupire Bernard Seret.

Le requin déviant ou mutant n’existe que dans la tête des hommes « et il faut se garder de tout anthropomorphisme ». Il n’est cependant pas exclu que certains individus « plus audacieux, dotés d’un comportement exploratoire plus affirmé, car oui les requins ont des personnalités différentes et il existe des variabilités interindividuelles, » puissent être en cause dans certaines attaques. Mais pour l’instant, aucune preuve scientifique n’est avancée.

L’Homme super prédateur des requins

Alors c’est vrai, l’immense majorité des rencontres entre l’homme et le requin se terminent souvent très mal… pour le requin. Chaque année, 70 à 100 millions d’entre eux sont massacrés, notamment pour assouvir l’énorme appétit des asiatiques pour leurs ailerons. Seigneur des mers, Le grand requin blanc de Méditerranée est confronté à un « risque extrêmement élevé d’extinction à l’état sauvage ». Et l’espèce est jugée « vulnérable » à l’échelle mondiale, y compris dans les zones, ou elle était jadis très présente. La peur a changé de camp. Tremblez pauvres requins ! Ta ta ta ta ta…

Alexandrine Civard-Racinais

 


Le chiffre clé :

3 espèces de requins (sur les quelques 535 espèces connues), sont responsables de plus de 80% des incidents mortels pour l’homme au cours des cinq dernières décennies. Il s’agit du requin tigre, du requin bouledogue (en cause à La Réunion) et du grand requin blanc qui font partie des plus grandes espèces de requins carnivores. Leur dangerosité est liée à leur grande taille et à leur fréquentation des côtes.

 

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