Pour la première fois, un drone a livré un rein pour une greffe

C’est une première mondiale : le 19 avril, un drone a livré un rein à une patiente de l’hôpital du Maryland, aux États-Unis. Un mode de transport qui pourrait prendre de l’ampleur pour ce genre d’opérations urgentes et délicates.

Cela faisait huit ans que cette patiente de l’hôpital universitaire du Maryland enchaînait les dialyses en attendant une greffe de rein. Le 19 avril, le précieux organe – réfrigéré – lui a été livré par drone, et l’opération de transplantation a été un succès. L’engin n’a parcouru que 4 kilomètres avant de se poser sur le toit de l’hôpital, mais selon l’équipe de chercheurs de l’Université du Maryland à l’origine de ce projet, ce premier test « illustre le potentiel des drones pour assurer des livraisons d’organes qui, dans de nombreux cas, pourrait être plus rapides et plus sécurisées que les modes de transports traditionnels ».

À en croire Joseph Scalea, médecin et directeur du projet, ce mode de livraison pourrait bien sauver des vies à l’avenir. Bien souvent en effet, les organes prélevés sur les donneurs mettent trop de temps à arriver à destination. Or chaque seconde compte, tant ils se dégradent rapidement. « Je me sens très chanceuse, surtout après avoir vu tant de patients dialysés décéder », a confié la patiente, Trina Glipsy, une fois remise de l’opération de greffe.

Rien qu’aux États-Unis, environ 75 000 patients attendent actuellement des dons d’organes, selon les chiffres du United Network for Organ Sharing, qui administre le réseau d’approvisionnement et de transplantation d’organes aux États-Unis. En 2017, 6 500 de ces individus placés sur liste d’attente étaient décédés avant d’avoir pu en recevoir un. Cette année-là, environ 1,5 % des organes n’ont pas atteint leur objectif, et 4 % ont subi un retard d’une à deux heures, notamment à cause des embouteillages. En France, l’agence de la biomédecine dénombrait 23 800 patients dans l’attente d’une greffe d’organes en 2017.

 

« Le Uber des organes »

Pour réaliser ce test de dix minutes, il a fallu obtenir une autorisation spéciale de vol, et la police a fermé par précaution les rues le long du trajet du drone, qui volait à 120 mètres d’altitude. Piloté à distance par des pilotes via un réseau wifi, l’appareil dispose également d’un parachute en cas de problème technique. Il est doté de capteurs de température et de pression, afin d’assurer des conditions optimales pour la conservation des organes réfrigérés.

Capture d’écran de la vidéo du drone livrant le rein à l’hôpital du Maryland.

Contrairement aux modes de transport traditionnels, ces technologies permettent également de suivre l’organe à la trace, en temps réel, et de prévoir précisément l’heure de son arrivée. « C’est comme un Uber pour les organes », a déclaré le docteur Scalea.

 

Vers une généralisation ?

La médecine serait-elle en passe de rattraper le secteur de la vente en ligne ? Rappelons que Google a récemment obtenu l’autorisation de réaliser des livraisons par drone via sa filiale Wing dès cette année à Canberra, en Australie, et à Blacksburg, aux États-Unis – devançant ainsi son principal concurrent, Amazon.  Joseph Scalea, en tout cas, se montre optimiste : « Je pense que d’ici trois à cinq ans, nous commencerons à voir des livraisons d’organes de façon plus régulière, a-t-il commenté. Et les livraisons par drones deviendront sans doute largement possibles d’ici cinq à dix ans ».

La livraison par drone a déjà fait ses preuves par le passé. Sur le continent africain, les expériences de ce type se multiplient : au Rwanda par exemple, la livraison aérienne de médicaments, vaccins et de poches de sang en urgence dans des zones difficiles d’accès engendre des gains de temps considérables. En France, le CHU de Bordeaux, qui a obtenu l’autorisation de la direction générale de l’aviation civile, devrait tester des drones dès cet été. L’objectif sera de relier plus rapidement ses trois sites, et d’accélérer ainsi le transport de médicaments et de prélèvements biologiques.