Pollution de l’espace par SpaceX : des scientifiques appellent à une action urgente

Suite au lancement le 23 mai dernier d’une constellation de 60 satellites par la firme d’Elon Musk SpaceX, l’Union astronomique internationale alerte sur les dangers d’un tel projet, qui pourrait mettre à mal les futures découvertes spatiales.

Les premiers jours, vous n’aviez qu’à lever les yeux au ciel pour les observer : le 23 mai dernier, SpaceX, la société dirigée par Elon Musk, a lancé une traînée de 60 satellites en orbite autour de la Terre. Le projet intitulé Starlink, qui pourrait compter jusqu’à 12 000 satellites, a pour but de fournir une connexion internet haut débit partout dans le monde.

Malgré son ambition de démocratiser l’accès à Internet, le projet a suscité de nombreuses critiques, notamment du côté des scientifiques qui ont parlé d’une même voix ce lundi 3 juin en publiant un communiqué porté par l’Union astronomique internationale (International Astronomical Union), une association regroupant plus de 13 000 professionnels de l’astronomie. Dans cette déclaration, l’association appelle à une action urgente de régulation face à ce type de constellations de satellites.

D’autant plus que le développement de ces satellites est en plein essor, selon l’Union astronomique internationale (UAI), qui craint que le phénomène s’amplifie à mesure que les besoins en télécommunications augmentent partout sur le globe. En effet, la firme d’Elon Musk n’est pas la seule à se précipiter dans la course aux satellites lancés en orbite basse, puisque les sociétés OneWeb, Amazon (projet Kuiper) et Facebook (Athena) travaillent également sur des projets similaires pour démocratiser l’accès à internet dans le monde.

Capture d'écran du site satmap.space, qui permet de suivre en direct l'avancée des satellites de Starlink
Capture d’écran du site satmap.space, qui permet de suivre en direct l’avancée des satellites de Starlink

Un ciel menacé

Hormis l’importante pollution visuelle générée par ces constellations, les scientifiques de l’UAI mettent en lumière deux principaux risques qui pourraient bien mettre à mal certaines découvertes scientifiques. D’abord, comme la surface métallique de ces satellites est très réfléchissante, notamment après le coucher et avant le lever du soleil, les satellites pourraient perturber les grands téléscopes astronomiques basés au sol. Pour rassurer les scientifiques sur ce point, la société SpaceX a publié un communiqué le 31 mai dernier dans lequel elle affirme que les 60 satellites seront moins visibles quand ils auront atteint leur orbite final, plus loin de la Terre.

Mais ces constellations pourraient également mettre en danger certaines découvertes scientifiques, selon l’AUI. Les signaux radio émis par ces satellites pourraient entrer en interférence avec les fréquences de radioastronomie. « Les avancées récentes en radioastronomie, telles que la production de la première image d’un trou noir ou la compréhension de la formation de systèmes planétaires n’ont été possibles que grâce aux efforts concertés visant à protéger le ciel de toute interférence », précise le communiqué.

Pour préserver « un ciel sombre et silencieux », l’association appelle surtout à une collaboration internationale entre les concepteurs de ces satellites et la communauté scientifique. L’UAI demande la mise en œuvre d’un « cadre réglementaire » face à ce qu’elle considère comme « la nouvelle frontière d’utilisation de l’espace, largement non réglementée», afin d’atténuer ou de résoudre les effets néfastes de ces constellations sur l’exploration spatiale. Une réglementation internationale qui pourrait également être utile afin de mieux légiférer sur la question des déchets spatiaux, qui représentent un réel danger de collision pour les satellites et les stations internationales comme l’ISS.

 

Image by Free-Photos from Pixabay