Des capteurs espionnent les abeilles dans leurs ruches

L’entreprise paloise Mellisphera offre aux apiculteurs la possibilité de rentrer dans leur ruche via une application. Des capteurs permettent de tout savoir de ce qu’il se passe à l’intérieur. Un outil pour intervenir au premier signe de faiblesse avant qu’il ne soit trop tard.

« Allez y, cliquez sur une ruche ». Cliquer sur une ruche ? « Ce que l’on fait, c’est comme un serious game, mais un serious game qui marche avec la nature, un jeu vertueux. » Cela devrait permettre à tous les apiculteurs d’affiner leurs connaissances et leur maîtrise du cycle des ruches.

Sur la page d’accueil de l’application lancée par Mellisphera s’affiche une photo du rucher au complet avec, à côté de chaque ruche, un pourcentage indiquant son degré de forme. « Savoir si une ruche ne va pas, c’est bien. Savoir pourquoi, c’est mieux ». Il suffit juste de cliquer sur la ruche pour que les données s’affichent. Elles tiennent compte de tout, détaillent par le menu les stocks de miel (et de quelle essence ils sont issus), le poids de la ruche ou encore les dates de pollinisations des plantes à proximité et une multitude d’autres données pratiques.

Températures et humidité comme signes

Et ce, simplement avec trois types de capteurs, développés aux Etats-Unis, dans une entreprise sœur de Mellisphera dans sa conception. Un type de capteur mesure le poids de la ruche et la température ambiante, un autre la température et l’humidité interne et un dernier pour la température interne.

Avec toutes ces données, on peut suivre à la trace la vie d’une ruche. L’idée de Mellisphera, celle qui apporte un plus, est d’avoir créé un algorithme qui traduit ces données brutes en indications claires de l’état de santé de la ruche. En pratique, les apiculteurs installent les capteurs dans les ruches, un hub les collecte tous les jours et les transmets au cloud. Les outils de l’entreprise les analyse et les transforment en graphiques consultables en ligne par l’apiculteur.

Rassurer les amateurs

Pour Lorenzo Pons, fondateur de Mellisphera en janvier 2018 à Pau, « on apprend plein de choses, on apprend comment fonctionne une ruche en regardant les données collectées. Je fais de l’apiculture de loisirs depuis 10 ans mais j’ai découvert qu’une ruche pouvait essaimer 3 fois de suite en 15 jours. Ou que les abeilles peuvent rentrer un kilo de nectar par jour. Une ruche, c’est un super-organisme qui se développe de manière exponentielle. Il faut le surveiller très souvent et quand on n’est pas professionnel, on n’a pas forcément le temps. » L’entreprise paloise s’adresse donc aux quelques 45 000 apiculteurs amateurs. La complexité du travail et les dangers de plus en plus présents sur les abeilles les rendent parfois orphelins d’une ou plusieurs ruches par manque de réactivité. A l’inverse « si une ruche prend du poids, on est plus serein. »

Collectage mondial

En même temps, le fondateur de l’entreprise ne néglige pas les 5000 apiculteurs professionnels du pays. Il y en a parmi ceux qui ont testé le système depuis mars 2018 : « Ceux qui font la transhumance de leurs ruches pour changer de type de fleurs peuvent savoir si une ruche est en état de produire. »

Reste que le plus complexe dans cette affaire, c’est le changement de mentalité que cela suppose dans un métier, ou une passion, souvent vécus comme une approche naturelle de l’environnement. Mais il met aussi l’accent sur le collectage global des données réalisé sur le site de l’entreprise américaine de capteurs qui permet de mettre en commun l’état des ruches un peu partout dans le monde. Car « la problématique de santé des abeilles est globale, elle doit se traiter globalement. » Y compris en espionnant leur vie privée…

Jean Luc Eluard