Cahiers : petits ou grands carreaux ?

Ah ! le cahier d’école avec ses gros carreaux… enfin, la plupart du temps.

Dès 1894, un inspecteur scolaire de la Somme recommandait l’usage d’un cahier pas trop volumineux afin d’en changer souvent. Car « un cahier neuf provoque un redoublement d’application ». Et c’est bien là que réside l’enjeu de la réglure, de la taille des carreaux, que l’actuel ministre recommande gros de préférence en CP. Ce dernier permettant d’encadrer l’écriture et sa forme, de la normaliser au maximum pour acquérir cette fameuse « belle écriture » d’antan. Un siècle plus tard, il n’est pas dit que ça suffise mais le gros carreau, invention typiquement française, a survécu à toutes les réformes scolaires sans jamais être remisé.

C’est Jean-Alexandre Séyès, libraire-papetier à Pontoise, qui en déposa le brevet le 16 août 1892. Mine de rien, l’affaire a tellement normé l’écriture française que celle-ci est reconnaissable partout dans le monde. Ceci grâce à un quadrillage très précis : un carré de 8 mm de côté avec des séparations plus fines de 2 mm. La première limite la hauteur des petites lettres – les « d » et « t » arrivent à la deuxième – et les lettres hautes à la troisième, alors que les jambes descendent à la deuxième séparation du bas.

En Allemagne par exemple, on apprend à écrire avec ce type de quadrillage la première année et, au fur et à mesure, on  supprime les interlignages, ce qui rend l’écriture plus personnelle et variable, plus anguleuse aussi. En France, c’est dès la fin du XIXe siècle que l’Éducation nationale s’est emparée du « cahier Séyès » pour en faire la norme. Le petit carreau n’intervient que plus tard dans la scolarité, lorsque l’élève a totalement intégré l’écriture et qu’il faut placer le plus de texte possible sur une page.

Mais il a fallu attendre longtemps, et l’école obligatoire, pour que le cahier à carreaux s’impose. Dans l’Antiquité, on apprenait grâce à des exercices de mémorisation à faire pâlir Rain Man et, pour apprendre à écrire, on s’exerçait sur des tablettes de cire que l’on pouvait effacer pour ne pas gâcher (d’où l’expression « notez sur vos tablettes »). Quant aux moines, ils traçaient eux-mêmes leurs lignages, qu’ils effaçaient ensuite pour ne laisser que le texte. Le cahier d’école n’est arrivé qu’avec l’usage du parchemin, puis du papier, qui  l’a rendu moins cher dès le XIVe siècle et surtout à partir du XVIe : on utilisait alors un modèle où étaient tracées les lignes, que l’on plaçait sous la feuille pour écrire en suivant le lignage par transparence. Désormais, on n’a plus qu’à se tenir à carreau, ce qui n’a certes rien à voir… mais fait joli dans le contexte.