Jeter son mégot, un geste fatal pour l’environnement

Les mégots de cigarette constituent près de 43% des déchets ramassés sur les littoraux en 2018. Et il est urgent de s’attaquer au problème, soulignent les scientifiques dans plusieurs publications récentes. Car un mégot n’est pas un déchet comme les autres.

 

Depuis plusieurs années, « Le mégot constitue le premier déchet retrouvé lors des collectes organisées dans le cadre des Initiatives Océanes*, loin devant les fragments de plastique et les bouteilles en plastique », relève Lionel Cheylus, responsable de l’antenne parisienne de Surfrider Fondation Europe. En dépit de la mise en place d’interdictions de fumer sur certaines plages, d’amendes dans certaines villes notamment Paris, ou de campagnes de sensibilisations, « les chiffres sont toujours exponentiels ».

 

En 2018, 1.279.101 mégots de cigarette ont été retrouvés lors des collectes organisées majoritairement sur les plages et au bord des rivières. Source : Surfrider Fondation Europe

Car le geste de jeter sa clope d’un air dégagé, « est tellement ancré dans la mémoire collective qu’il est difficile de s’en décrotter », soupire Lionel Cheylus. Même le YouTubeur Norman en parle comme d’un « geste stylé » dans l’une de ses vidéos. Pourtant, il a tout faux !! Car le mégot n’est pas un déchet comme les autres…

 

 

Un mégot, trois éléments nocifs

Un mégot est composé d’un reliquat de tabac mais surtout d’un filtre fabriqué avec de l’acétate de cellulose, un plastique conçu par modification chimique de la cellulose (un polymère naturel). Les fibres de l’acétate de cellulose sont traitées avec un toxique, le dioxyde de titane, avant d’être compactées avec une substance irritante, la triacétine, pour former le filtre. Celui-ci est entouré d’un papier contenant également de nombreuses substances chimiques.

Un mégot contient ainsi des métaux lourds, des sels de métaux, de la nicotine, des pesticides, des phénols, des glycols, des composés volatils… autant de substances nocives pour l’homme comme pour l’environnement. Et ce n’est pas tout…

Une menace environnementale majeure

Une étude récente, publiée en 2017 par une équipe de chercheurs du Laboratoire Géosciences Rennes (CNRS-Université de Rennes 1) apporte également des preuves de la dissémination de nano-particules (NP) dans l’environnement. Les auteurs y voient « l’émergence d’une nouvelle contamination globale de l’environnement par les mégots, comparable à celle des déchets plastique, soulevant des questions urgentes sur leurs impacts environnementaux ».

De leur côté, des experts de l’Ineris (sollicités par le ministère de la Transition Ecologique) estiment disposer d’éléments suffisants pour « classer les mégots comme déchets dangereux ». Ce, notamment en raison de leur « haute toxicité » mise en lumière par des essais écotoxicologiques terrestres et aquatiques.

Jeter par terre, c’est jeter à la mer

Jeté à terre, lessivé par les pluies, balayé par les vents ou charrié par les courants, « un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau », rappelle Lionel Cheylus. Sachant qu’un mégot mettra environ 12 ans à se dégrader dans la nature, il a donc largement le temps de contaminer les sols et les écosystèmes aquatiques avant de terminer sa course dans les mers et les océans et d’y poursuivre son œuvre de destruction silencieuse. « 80 % des déchets marins viennent de l’intérieur des terres ». Pensez-y avant d’écraser votre mégot sous votre talon ou de le jeter par dessus votre épaule.

Alexandrine Civard-Racinais

* Le long du littoral français, mais aussi sur les côtes ibériques, les mers celtiques, la mer baltique, l’Atlantique nord et d’autres façades maritimes.

 


Le bon réflexe à adopter

Surfrider Fondation Europe et d’autres associations de protection de l’environnement recommandent d’adopter le cendrier de poche (désormais vendu dans le commerce voire distribué gratuitement) lors de vos déplacements. De nombreuses villes se sont également dotées de cendriers de rues et de poubelles munies d’éteignoirs. C’est le cas à Bordeaux qui s’est lancée en 2018 dans une expérimentation Zéro mégot dans le quartier de la Bastide.