A Tulle, l’accordéon se transforme en objets de la vie quotidienne

Centenaire, la dernière entreprise française de fabrication d’accordéons, Maugein, basée à Tulle, s’appuie sur ses savoir-faire pour créer d’autres produits. C’est fout ce qu’on peut faire avec un accordéon.

« On n’a rien de sorcier dans les techniques prises individuellement. Mais réunies sous le même toit… c’est un savoir-faire qui nous a valu le label d’entreprise du patrimoine vivant. » Et qui permet surtout à l’entreprise Maugein d’aller au delà de l’accordéon, d’envisager des diversifications nécessaires à la pérennité de la dernière entreprise française à fabriquer encore entièrement ses accordéons localement.

A Tulle, dans la dernière fabrique française d’accordéon, tout se fait encore à la main

Coffret de maquillage

Alors depuis la rentrée, même si Yvette Horner est pour vous un terrain miné et que vous confondez un fa dièse et un si mineur, vous pouvez quand même afficher la couleur musette en soirée avec les minaudières Maugein.

Pas la peine de minauder si vous ne savez pas ce dont il s’agit : juste des petits coffrets contenant un nécessaire à maquillage. Ou ce que vous voulez mettre dedans, après tout.
Les techniques utilisées pour la fabrication d’un accordéon lui donnent cette solidité et ce lustre que l’on reconnaît : les attaches des accordéons des Années Folles pour le fermoir, l’ébénisterie peinte pour le décor (pochoirs et strass Swarovsky) et pour la charnière, le même carton que les soufflets d’accordéon.

Du carton ? Et oui : « C’est un carton très compact, revêtu de tissu mais uniquement pour l’aspect esthétique. Et ça dure autant que la vie d’un instrument. » Jusqu’à 80 ans en théorie pour les mieux conservés « mais on en voit en révision qui ont une cinquantaine d’années. C’est la durée habituelle. »

L’accordéon transformé en poste de radio

Richard Brandao est arrivé à la tête de l’entreprise en 2014 et c’est sous son impulsion que cette diversification a vu le jour. Tout comme la suivante, en préparation : des postes de radios qui jouent eux aussi sur une certaine nostalgie de la TSF mais seront largement équipés en électronique pour aller avec les besoins actuels.

« Les entreprises mono-produits, il n’y en a plus beaucoup. Si on veut garder les savoir-faire, il faut se diversifier. » Maugein a déjà sorti des accordéons purement numériques et d’autres hybrides qui ont l’avantage d’être plus légers et de remplacer tous les autres instruments. Car les organisateurs de gala cherchent aussi les sources d’économie. Bref, le truc patrimonial par excellence, celui qui sent la France traditionnelle, est en train lui aussi de muter.

100 ans de musique à Tulle

Tout part de Brive, à trente kilomètres de là, où l’accordéon a commencé à être fabriqué en France en 1887. C’est en 1919 que Jean Maugein s’est installé à son compte pour concurrencer son ancien patron, atteignant jusqu’à 290 employés dans les années 50.

Depuis, au-delà de son berceau corrézien, l’accordéon a connu bien des avanies, des heures de gloire de l’après-guerre à la mondialisation actuelle qui accompagne son retour en grâce, en passant par le désamour des années 70-80. Avec cet aboutissement glorieux d’une ligne d’objets qui empruntent son look pour briller en société. Ne changez pas de cavalière !

Jean-Luc Eluard