Mort subite du sportif : une cadence d’avance à Liryc à Pessac (33)

Unique au monde, l’Institut de rythmologie et modélisation cardiaque (Liryc), à Pessac (33), s’intéresse aux dysfonctions électriques du cœur, causes de mort subite. Le point

En France, la mort subite frappe 50 000 personnes par an, soit un décès toutes les dix minutes. « C’est plus que les cancers du poumon, du sein, du côlon et accidents de la route réunis », souligne le docteur Mélèze Hocini, directrice adjointe de Liryc.

Marqués par les images de footballeurs s’écroulant en plein match, tel l’Italien Piermario Morosini en 2012, nombreux sont ceux à penser que la mort subite touche davantage les sportifs de haut niveau. Faux ! Ils ne représentent « que » 1500 de ces décès. La majorité de ces pertes brutales de conscience surviennent chez des personnes âgées de 67 ans en moyenne, lors de leurs activités quotidiennes ou durant leur sommeil. Seul 5 % des victimes survivent.

Lors de la journée de portes ouvertes de Liryc pour la semaine du coeur, fin septembre, le public est venu en nombre assister aux ateliers de présentation des activités de recherche de l'institut. ©Florence Heimburger

Lors de la journée de portes ouvertes de Liryc pour la semaine du coeur, fin septembre, le public est venu en nombre assister aux ateliers de présentation des activités de recherche de l’institut. Photos Florence Heimburger

 

Une tempête électrique au sein du coeur

« En outre, même si dans des cas rares (arythmie…), la pratique aiguë d’un sport peut accélérer la survenue d’une mort subite, l’activité physique reste en général très bénéfique et une pratique régulière réduit globalement le risque d’infarctus », rappelle la cardiologue.

Créé en 2011 sur le site de l’hôpital Xavier Arnozan à Pessac (33), Liryc a pour but de mieux comprendre, diagnostiquer, prévenir et soigner ce trouble du rythme cardiaque qui se caractérise par des tornades électriques (300 battements par minute).

L’institut, dirigé par le professeur Michel Haïssaguerre, affecte à cette recherche une équipe internationale et pluridisciplinaire de 144 spécialistes (des mathématiciens, des professionnels de l’imagerie, de la modélisation, de l’électrophysiologie, des chimistes et même d’ingénieurs mécaniciens !) venus de 20 pays différents.

Avec succès : les scientifiques ont identifié en 2015 où ces « bugs » électriques peuvent prendre naissance : au niveau du faisceau de His et des fibres de Purkinje. Les médecins traitent désormais les zones suspectes de ce réseau en les brûlant par radiofréquence, avec 90 % de guérison.

La cartographie optique haute résolution permet de localiser les tornades électriques et d'établir leur corrélation avec la pathologie structurelle. ©Florence Heimburger

La cartographie optique haute résolution permet de localiser les tornades électriques et d’établir leur corrélation avec la pathologie structurelle.

Un IRM ultra-puissant et une veste high-tech pour mieux prévenir et soigner

Pour déceler ces troubles, l’Institut s’est doté d’outils puissants et innovants : appareil d’imagerie à résonance magnétique (IRM) de haut champ (de 9,4 Tesla, soit 6 fois plus puissant qu’un IRM classique), plateforme de cartographie optique (unique en France)…

Liryc est équipé de l'un des seuls appareils en France d'imagerie à résonance magnétique (IRM) de haute puissance (9,4 teslas), offrant des images de très bonne résolution. ©Production Du Désert

Liryc est équipé de l’un des seuls appareils en France d’imagerie à résonance magnétique (IRM) de haute puissance (9,4 teslas), offrant des images de très bonne résolution. ©Production Du Désert

Liryc a par ailleurs mis au point un gilet high-tech (CardioInsightTM) qui détecte les sources de défaillance de l’activité électrique du cœur. Doté de 252 électrodes – contre 12 pour un électrocardiogramme classique – et d’une valeur de 2000 euros, ce veston vient d’être commercialisé par le leader mondial de technologies médicales Medtronic.

« La prévention est notre priorité, assure le docteur Mélèze Hocini. A l’heure actuelle, nous sommes incapable de prédire le risque individuel : une personne à électrocardiogramme normal peut être victime de mort subite

En attendant, certains symptômes doivent alerter : douleur dans la poitrine, essoufflement anormal, palpitation et/ou malaise à l’effort ou juste après.

Et, pour réduire ses risques : on évite de fumer avant et après un entrainement, on mange équilibré, on renonce au sport en cas de fièvre.


Que faire quand on est face à une personne qui s’écroule brutalement ?
Il faut intervenir vite : les trois premières minutes sont déterminantes pour maintenir le cerveau irrigué. Commencer par appeler les secours : le 15 (Samu) ou le 18 (Pompiers). Débuter un massage cardiaque – en suivant le rythme des musiques « Stayin’ Alive » des Bee Gees ou « I will survive » de Gloria Gaynor. Si on dispose d’un défibrillateur, l’utiliser : un tel dispositif permet au cœur de retrouver un rythme normal. De nombreux lieux publics (gares, gymnases…) en sont désormais équipés. A partir du 1er janvier 2020, tous les centres sportifs pouvant accueillir plus de 300 personnes seront tenus de l’être.