L’agriculture bio sauve la vie des abeilles !

C’est une première mondiale et une bonne nouvelle ! Une équipe de chercheurs du CNRS et de l’Inra vient de montrer que l’agriculture biologique profite aux colonies d’abeilles mellifères, en particulier pendant la période de disette alimentaire à la fin du printemps.

Les abeilles se nourrissent exclusivement de nectar et de pollen et sont parfois victimes de disette entre la période de floraison du colza (avril-mai) et celle du tournesol (juin). Confrontés à une faible disponibilité en fleurs, en particulier dans les zones de culture intensive, les abeilles collectent alors moins de pollen. Résultat : la croissance des colonies et la production de miel diminuent. Mais une telle situation n’a rien d’inéluctable, et il est possible de donner un petit coup de pouce à ces valeureuses butineuses.

Plus de parcelles bio, plus d’abeilles

Une étude récemment publiée dans le Journal of Applied Ecology montre en effet que l’agriculture biologique peut atténuer ce déclin. En suivant 300 ruches du dispositif Ecobee* durant six ans, une équipe de chercheurs du CNRS et de l’Inra a pu constater que les colonies d’abeilles entourées de parcelles agricoles biologiques comptaient jusqu’à 37% de couvain (c’est à dire d’œufs, de nymphes et de larves d’abeilles ouvrières), 20% d’abeilles adultes et 53% de miel en plus par rapport aux colonies entourées de parcelles non bio.

Ecobee est un outil original pour mener des expérimentations en plaine céréalière sur les interactions entre les caractéristiques des colonies, celles des paysages et les contraintes environnementales. PHOTO : Inra Apis /CNRS CEBC

Éloge des coquelicots

L’explication tient en grande partie au fait que les parcelles cultivées en agriculture biologique offrent plus de ressources aux abeilles domestiques adultes. « Les abeilles butinent plus de 300 espèces de plantes différentes, parmi lesquelles le coquelicot que beaucoup d’agriculteurs conventionnels s’acharnent à éradiquer », souligne Vincent Bretagnolle, chercheur au CNRS et animateur de la Zone Atelier « Plaine & Val de Sèvre ». La présence d’adventices, ces plantes sauvages des milieux agricoles appelées à tort « mauvaises herbes » est donc primordiale pour la survie des abeilles adultes et des générations futures, pendant les périodes où les fleurs de colza ou de tournesol viennent à manquer.

« Le coquelicot fournit jusqu’à 60% de la ressource alimentaire des abeilles entre mai et juillet »                     Vincent Bretagnolle

Le couvain, avenir de la ruche

Le couvain, qui se nourrit du pollen ramené par les abeilles adultes à la ruche, est le premier bénéficiaire de cette manne. « L’augmentation du couvain semble être liée à une plus grande diversité de ressources en pollen et à une diminution de la mortalité due aux pesticides à l’échelle locale », indiquent les rédacteurs de l’étude. Ces résultats sont d’autant plus encourageants que le couvain est l’avenir de la ruche « Pas de couvain, pas de butineuses ; pas de butineuses pas de miel… et pas de réserves pour l’hiver, d’où un risque d’extinction de la colonie », résume Vincent Bretagnolle.

Laissons donc « mauvaises herbes » et coquelicots pousser en paix et demandons aux pouvoirs publics d’encourager les créations et les conversions en agriculture biologique, car ses effets sur les abeilles sont exponentiels. « Plus on a de parcelles cultivées en bio, plus les performances des colonies d’abeilles situées à proximité augmentent » s’enthousiasme Vincent Bretagnolle. Et chacun est gagnant : « les abeilles, les apiculteurs et la société« . Qu’attendons nous ?

Alexandrine Civard-Racinais

Ecobee*, un dispositif unique en Europe

Entièrement consacré à l’écologie de l’abeille, le dispositif d’observation Ecobee (Inra/CNRS) est installé dans la Zone Atelier « Plaine & Val de Sèvre». Cette vaste plaine céréalière, située au sud de Niort, s’étend sur 450 km2 autour de l’Unité CNRS de Chizé qui l’étudie depuis 25 ans. Elle comprend environ 450 exploitations agricoles et 13.000 parcelles agricoles. Certaines parties de cette ZA sont entièrement cultivées en bio. La moitié de sa superficie est également classée en Zone Natura 2000 en raison des nombreuses espèces d’oiseaux qui la peuplent.

A savoir

Une abeille domestique va chercher du pollen ou du nectar dans un rayon de 3 à 10 kilomètres autour de sa ruche. Son rayon d’action peut s’étendre jusqu’à 13 kilomètres.

Photo by Timothy Paule II from Pexels