Des bateaux solaires naviguent dans le Lot-et-Garonne

Les petits bateaux n’ont pas forcément des jambes mais ils ont souvent un moteur. A Casseneuil (47), sur le Lot, « Bateaux pour la planète » est la première entreprise de location de bateaux entièrement propulsés à l’énergie solaire. Une révolution qui peine à s’imposer.

Dominique Renouf appelle souvent ses ancêtres bretons et normands à la rescousse. D’abord pour expliquer comment une infirmière en psychiatrie de la région parisienne s’est retrouvée presque par hasard propulsée dans le milieu des habitants de péniche. D’abord à Paris, ensuite sur le canal du Midi où elle lance en 2006 le premier bateau-hôtel entièrement solaire. Le plus gros conçu à l’époque : 50 tonnes, 29 sur 5 mètres, 6 cabines… 55 m2 de panneaux solaires, et 9 tonnes de batterie.

Une exception fluviale qui lui vaudra ses premiers déboires administratifs : « Comme les services de la navigation doutaient qu’il puisse naviguer, je n’ai eu que des autorisations temporaires. Même s’il naviguait, ils ne voulaient pas prendre de risque. » Le « Soleil d’oc » est alors unique en son genre mais les vicissitudes de la vie l’emmènent à cesser son activité et Dominique Renouf change de cours d’eau pour s’installer dans le Lot-et-Garonne : « J’ai découvert le Lot. C’est un paradis fluvial et il n’y avait aucun bateau. »

100 000 tonnes de CO2 annuels

On est en 2009 et elle entreprend d’adapter son idée solaire à des petits navires, du genre de ceux que l’on loue pour se balader en famille. La technique est au point : que ce soit en Charente ou à Evian, les bateaux propulsés à l’énergie solaire apparaissent peu à peu. Mais on n’en avait jamais introduit dans les bateaux de location dont une étude de l’ADEME évalue à 100.000 tonnes de CO2 la quantité de rejets annuels dans l’atmosphère. Question de résistance au changement : « Les loueurs me disent que les gens vont faire n’importe quoi avec le bateau. Alors que c’est tout le contraire. »

4 heures de navigation par jour à 5km/h

Car bien sûr, il y a des contraintes avec le solaire : on ne peut naviguer plus de 3 à 4 heures par jour, pas à plus de 5 à 6 km/h, de préférence au pic de la luminosité (entre 10 et 17 heures) et évidemment pas la nuit et un peu moins par mauvais temps. Dans un secteur qui vend du kilomètre pour brûler (et donc facturer) du gasoil, la nouveauté passe difficilement.

Ce n’est que depuis cet été 2019 que le premier prototype de « Bateaux pour la planète » a pu être loué, alors même que Dominique Renouf est dessus depuis dix ans. Mais les avantages viennent pallier les inconvénients : aucun bruit de moteur pour profiter des bruits de l’eau et aucune obligation de mouiller à côté d’une borne. Et bien sûr, la certitude de ne pas polluer l’atmosphère.

Le premier prototype est lancé, équipé en bois par des artisans locaux. La réussite de l’été 2019 encourage à multiplier les bateaux mais il faut trouver les moyens financiers pour en financer la construction. « Et je me perds un peu dans les labyrinthes des financements… » Ce serait dommage de laisser une bonne idée à quai.

Jean Luc Eluard