Cryothérapie : le froid extrême fait-il (vraiment) du bien ?

Établissements privés, centres de thalasso voire instituts esthétiques sont de plus en plus nombreux à proposer des séances de cryothérapie corps entier. Pourtant un récent rapport de l‘Inserm relativise ses présumés effets bénéfiques. Et alerte sur les dangers de cette pratique.

Pour la méditerranéenne frileuse que je suis, l’idée d’être exposée même très brièvement à un froid intense allant de -110° à -170°C est peu engageante. Pourtant la cryothérapie corps entier (CCE) est à la mode. A l’origine destinée aux sportifs de haut niveau afin de prévenir ou traiter les douleurs musculaires après l’exercice, cette pratique est désormais proposée aux patients atteints de maladies inflammatoires ou neurologiques, voire en dehors de tout contexte pathologique. Mais un rapport de l’Inserm vient de jeter un froid sur ses présumés effets bénéfiques.

Des résultats « décevants » sur les douleurs et inflammations

A en croire les promoteurs de la cryothérapie, l’exposition au froid extrême soulagerait un large panel de douleurs et inflammations liés à des maladies aussi diverses que la fibromyalgie, l’arthrose, la sclérose en plaques, mais aussi la dépression ou le cancer…

Les chercheurs de l’Inserm se montrent quant à eux nettement plus mesurés. Après avoir passé en revue la littérature scientifique sur le sujet et auditionnés un panel de patients et de médecins, les résultats s’avèrent « décevants ». Même lorsque des effets positifs sont rapportés, ceux-ci demeurent « modestes » et mesurables « uniquement à très court terme ». En outre les insuffisances méthodologiques des études consultées incitent à « relativiser d’autant plus les effets positifs rapportés ».

A leurs yeux, l’intérêt thérapeutique de la CCE est donc faible, voire inexistant. « La cryothérapie ne (pouvant) en aucune façon revendiquer de traiter efficacement des cancers ou d’autres pathologies somatiques sévères », insistent les auteurs.

Les dangers bien réels du froid intense

En revanche, les effets secondaires sont avérés. L’exposition au froid intense peut en effet générer des «  brûlures locales au 1er ou 2ème degré, (des) céphalées ou (des) accentuations des douleurs présentes, (de l’) urticaire chronique au froid, (des) intolérances digestives » et autres maux bien réels. Aux yeux des rédacteurs du rapport, la cryothérapie corps entier pose donc « d’authentiques problèmes de sécurité ». Ce constat est d’autant plus alarmant que cette pratique ne fait l’objet d’aucun encadrement. Aucune loi ou réglementation ne restreint en effet l’exploitation de cabines de CCE à une profession donnée. N’importe qui peut donc ouvrir un centre de cryosanté ou proposer des séances en cabine. Il n’existe pas davantage de formation à l’utilisation des technologies du froid reconnue par l’état. Aussi la vigilance s’impose-t-elle…

 

Alexandrine Civard-Racinais

 

A savoir

  • La cryothérapie corps entier (CCE) consiste à l’exposition du corps entier, tête comprise dans une chambre cryogénique pendant 2 à 3 minutes à un froid sec (-110 à -170°C)

 

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