Les esturgeons pourraient repeupler la Garonne

Le mythique poisson connu pour le caviar fréquentait en nombre l’estuaire de la Gironde jusqu’au milieu du XXe siècle. Victime de la surpêche et de la détérioration de son milieu, l’esturgeon a disparu. Depuis 25 ans, les chercheurs de l’Irstea tentent de réintroduire cet Ascipenser sturio

C’est une image à laquelle nous ne sommes plus habitués : sur une vieille carte postale sépia, on y voit aux bords de la Garonne des pêcheurs arborant fièrement un énorme poisson plus grand qu’eux : l’esturgeon. Oui, le mythique poisson de la mer noire connu pour son caviar peuplait les eaux de la Garonne et de la Dordogne au début du XXe siècle.
Pêché comme les autres poissons, ce monstre pouvant atteindre 3 mètres et 300 kilos était remonté sur les barques pour sa chair fine et sans arrête. Il permit de survivre pour plusieurs générations de pêcheurs des petits ports charentais et girondins de l’estuaire de la Gironde. Mais quand ils découvrirent le caviar, que les femelles esturgeons contiennent dans leur ventre, la poule aux œufs d’or allait disparaître. Car jusqu’au début du XXe siècle, les pêcheurs jetaient ces encombrants œufs.

Une princesse russe découvre les esturgeons de l’estuaire

L’esturgeon se distingue facilement avec son museau pointu et ses quatre babillons sensitifs. PHOTOS Alexandre Marsat

C’est en 1917, qu’une princesse russe exilée en France découvre ce type de scène surréaliste dans le petit port de Saint-Seurin d’Uzet en Charente-Maritime. Elle a dû s’étrangler en voyant ce caviar gâché de la sorte. Alors, elle va initier les pêcheurs à la préparation des œufs d’esturgeon pour produire ce met si recherché. D’autant plus qu’à l’époque, la Révolution russe a asséché le commerce de caviar pour les riches russes réfugiés dans le reste de l’Europe.

La célèbre maison Prunier ne tarde pas à investir les petits ports estuariens et les pêcheurs trouvent avec l’esturgeon une riche manne qui leur permet de vivre un peu mieux qu’avant. La surpêche qui débute va évidemment être redoutable pour l’espèce qui disparait petit à petit de l’estuaire. D’autant plus vite que son milieu se détériore.

Dès les années 60, il se fait rare et finit par être enfin protégée par la France en 1982 mais l’espèce semble disparue. L’ascipenser sturio est un grand migrateur qui parcourt les côtes atlantiques entre l’estuaire de la Gironde et l’estuaire du Danube en Allemagne. Si l’esturgeon peut avoir une longue espérance de vie, il faut attendre une douzaine d’année pour que le poisson soit en âge de se reproduire. Ce qui fait aussi sa fragilité.

Les jeunes esturgeons produits en pisciculture à la station Inrae de Saint-Seurin sur l’Isle sont régulièrement relâchés dans l’estuaire de la Gironde.

Un aspect bien connu des chercheurs de l’Inrae de la station marine de Saint-Seurin-sur-L’Isle en Gironde. Après la capture accidentelle par des pêcheurs d’un mâle et d’une femelle, ils ont tenté le tout pour le tout en travaillant sur une technique de reproduction assistée. C’est ainsi que plusieurs centaines de milliers d’esturgeon sont nés à la station marine. Les chercheurs en relâchent chaque année de différents âges pour réintroduire cette espèce vieille de 200 millions d’années.

Cet alevinage au long cours devrait permettre à terme de revoir ce mythique poisson se reproduire à nouveau dans nos eaux.

Alexandre Marsat