Journée des droits des femmes : tir groupé sur les stéréotypes

Les femmes n’ont, ni la bosse des maths, ni le sens de l’orientation ? Les femmes sont capables de faire plusieurs tâches en même temps ?… Ces préjugés persistent et signent au XXIe siècle. Résultat : les femmes s’autocensurent dans leur choix de carrière. Et les inégalités se creusent dangereusement dans certains secteurs comme l’informatique… Mais enfin, c’est la nature ! Vraiment ?

« L’inégalité de traitement que subissent les femmes n’a pas de fondement naturel, mais procède d’un préjugé culturel ». Il faut croire que François Poullain de la Barre, un philosophe du XVIIe siècle, n’a pas eu assez de descendants ni de lecteurs pour faire passer le message… Aujourd’hui, un sondage d’opinion montre encore que, pour 49% des personnes, ces différences ont une raison biologique. Lumière, svp !

La biologie, un argument à toute épreuve !

Un hémisphère cérébral droit plus développé chez les filles qui confèrerait des compétences dans le langage plutôt qu’en math ? Un épaississement du corps calleux trouvé sur une poignée de cerveaux féminins sortis du formol pour expliquer que les femmes sont plus à même pour les multitâches ménagères ? Aujourd’hui, l’imagerie cérébrale chamboule-tout(es) ces théories. Une seule certitude : deux personnes n’utilisent pas leur cerveau de la même façon. Mais pas d’histoire de sexe à l’horizon. Déçus ?

Un cerveau qui évolue avec l’expérience

Un rail de testostérone avant de prendre le volant ? Vous ne trouverez pas votre chemin plus facilement, la thèse a été réfutée il y a 15 ans ! D’après de nombreuses études, nos expériences expliquent notre aptitude à s’orienter. Jouer au basket, par exemple, augmente cette capacité. Catherine Vidal, neurobiologiste, nous explique que « le cerveau se remanie à tout âge, c’est la plastie cérébrale ». L’expérience vécue et l’environnement social et culturel créent de nouvelles connexions. Exit le déterminisme biologique !

Une confusion entre performance et compétence

Édifiant ! Une étude de Spencer, Steele et Quinn de 1998 montre l’impact négatif du stéréotype. Distillez sournoisement le préjugé juste avant un test de math et vous êtes sûrs de faire plonger les résultats des étudiantes. Selon Steele, « les stéréotypes induisent une menace qui diminue la performance et l’estime de soi ». À la lueur de ces travaux, il est aujourd’hui possible de traquer les conditions qui les favorisent.  « C’est toute la société qui doit changer », affirme Céline Calvez, dans son rapport sur les femmes et la science de 2018.

Et nous, si nous profitions de cette journée internationale des droits des femmes pour regarder quel(s) stéréotype(s) nous véhiculons ?

 

Sophie Nicaud

Image par Free-Photos de Pixabay