Un poste médical avancé au CHU de Bordeaux pour isoler les patients

Pour faire face à l’afflux de patients atteints du Covid-19, le CHU de Bordeaux a installé devant les urgences, un poste médical avancé. Cela permet de sélectionner et isoler les personnes infectées et d’éviter de nouvelles contaminations. Reportage.

 

Devant l’accueil des urgences de l’hôpital Pellegrin, au CHU de Bordeaux, deux tentes sanitaires ont été dressées. Il s’agit d’un « poste médical avancé », dispositif recommandé en cas de « médecine de catastrophe », indique le docteur Philippe Revel, chef du pôle des urgences adultes du CHU de Bordeaux. « Il faut être au plus près de la zone de « combat » pour réaliser un tri des patients et épargner le reste des urgences », souligne l’expert.

À l’entrée, des infirmiers et aides-soignantes entraînés et protégés (masque, charlotte, gants et blouse plastifiée) accueillent et filtrent les patients.

Un interrogatoire et un examen clinique

« Ils les interrogent sur leurs symptômes (toux, fièvre, difficultés respiratoires…), prennent leurs paramètres médicaux (températures, tension…), et leur font éventuellement passer un examen médical (radiographie…), explique l’urgentiste.
« Ils soumettent les personnes fragiles présentant des symptômes évocateurs à un test de dépistage : les personnes âgées de plus de 65 ans et/ou présentant des comorbidités (diabète, cardiopathies, hypertension, insuffisants respiratoires, immunodéprimés…), à risque de développer des complications. »

Tout le personnel est protégé et formé à l'arrivée d'un patient Covid-19. ©FlorenceHeimburger/Curieux.Live

Le docteur Revel, chef du pôle des urgences du CHU de Bordeaux (à gauche) infirmiers et aides soignants se préparent à l’arrivée de nouveaux patients atteints du Covid-19. Photo Florence Heimburger

Chaque jour, ce dispositif reçoit environ 70 à 80 urgences, dont la moitié liée au Covid-19 ; « d’ordinaire on est entre 120 et 150 : il y a, en général, un abus des urgences, regrette le professeur Revel. Du fait du confinement, les accidents de la route, du travail et liés au sport ont diminué. » Parmi les personnes potentiellement infectées, certaines se feront dépister, 20 % d’entre elles se révèleront porteurs du virus.

« Le test n’est pas efficace à 100 % et nous ne dépistons pas tout le monde », prévient le docteur Caroline De-La-Rivière, chef des urgences adultes du CHU de Bordeaux. Les malades sont donc plus nombreux.

Un retour à domicile ou une hospitalisation

Les personnes infectées qui n’ont pas de symptômes respiratoires aigus et pas de comorbidités peuvent rentrer chez elles. Elles repartent avec une liste de symptômes à surveiller et un numéro de téléphone à appeler en cas de problème.

Les autres patients Covid-19 atteints de maladies chroniques ou présentant des motifs d’inquiétude seront hospitalisés, en réanimation si nécessaire. L’une des deux tentes dispose d’ailleurs d’un lit parfaitement équipé (ventilation artificielle…) au cas où la situation d’un patient fraîchement arrivé se dégraderait brusquement.

Samedi dernier, le CHU de Bordeaux a reçu sur deux de ses sites six malades dans un état grave et stable provenant de Mulhouse (Alsace).

La chambre de réanimation que comprend l'une des deux tentes. ©FlorenceHeimburger/Curieux.Live

La chambre de réanimation que comprend l’une des deux tentes. Photo Florence Heimburger

Trois semaines en réanimation

Le professeur Revel assure qu’il reste des places pour de nouveaux patients. « Nous ne connaissons pas l’impact du confinement sur l’épidémie. La Nouvelle-Aquitaine est, pour l’heure, moins touchée que d’autres régions. Cela permet d’avoir une réserve de lits », souligne le patron des urgences. Le « hic » : « Les patients Covid-19 restent plus longtemps que les autres en réanimation, environ 3 semaines. Cela créé un embouteillage », souligne le docteur De-La-Rivière, qui déplore la fermeture de lits dans de nombreux hôpitaux ces dernières années.

La semaine dernière, le CHU a commandé 70 respirateurs supplémentaires. La direction de l’hôpital avait pris la décision d’ouvrir une collecte interne de fonds. Suite à cela, une cagnotte Leetchi a été lancée. Elle a atteint les 74 000 euros, un respirateur en coûte 25 000.

Côté masques, « notre direction nous assure que les stocks sont suffisants. Les dons d’entreprises locales affluent. Nous en avons reçu plusieurs milliers », raconte le professeur Revel. Néanmoins, trois soignants des urgences ont été détectés positifs.

 

Texte et photos : Florence Heimburger