Une hirondelle fait-elle toujours le printemps ?

Chaque début de printemps, nous attendons avec impatience le retour des hirondelles. Mais ces oiseaux sont de moins en moins nombreux. Pour donner un coup de pouce à la survie de l’espèce, la Ligue de Protection des Oiseaux du Limousin installe des nids artificiels et des nichoirs.

Pas de printemps sans hirondelles ! Pourtant l’espèce a du plomb dans l’aile avec une population fortement en baisse depuis deux décennies. Le nombre de colonies d’hirondelles de fenêtre implantées en Limousin a diminué de 80 % et de 49 % pour l’hirondelle rustique, celle qui adore nicher dans nos vieilles granges. Des chiffres issus de comptages réalisés chaque année sur les mêmes sites par la LPO du Limousin. « En 2011, là où je comptais 100 hirondelles de fenêtre, aujourd’hui sur le même temps et au même endroit, je n’en compte plus que 20 constate Franck Taboury, chargé d’études. Nous enregistrons une baisse régulière depuis dix-huit ans sans que nous connaissions l’effectif total

Pourquoi une telle hécatombe en plein vol ? Plusieurs facteurs sont pointés du doigt, à commencer par la diminution des insectes. Moins de nourriture étant synonyme d’une reproduction en baisse. A cause du manque de jeunes, le renouvellement de la population n’est plus assuré après le décès des adultes.

L’hirondelle fidèle, aime revenir où elle a niché l’année précédente PHOTOS LPO

Autre facteur aggravant, les hirondelles de fenêtre adorent « squatter » sous les toits, mais les citadins voient d’un mauvais œil leur retour à cause des déjections qui tâchent les murs. Enfin, les espaces verts se réduisent comme peau de chagrin à cause du bétonnage, les hirondelles ne trouvent plus d’habitats accueillants et si elles y parviennent, elles doivent voler de plus en plus loin pour ramener les matériaux nécessaires à la fabrication de leurs nids. « Une hirondelle fait un millier d’allers-retours pour bâtir son nid, elle dépense tant d’énergie qu’elle ne peut plus se reproduire. Et l’année suivante, leurs nids sont parfois détruits ».

Une espèce protégée depuis 1976

Pour venir en aide, la LPO a engagé depuis six ans une action pour sensibiliser les professionnels du bâtiment afin qu’ils ne détruisent pas les nids lorsqu’ils interviennent sur un ravalement de façade par exemple. Un document de sensibilisation a été envoyé aux artisans qui peuvent également fixer des planchettes sous les nids pour recueillir leurs déjections.

L’hirondelle est une espèce protégée depuis la loi du 10 juillet 1976. Il est interdit de la détruire et de porter atteinte à ses nids ou couvées sous peine de poursuites judiciaires. « C’est pourquoi nous accompagnons des entreprises comme La Poste ou des communes en installant des nids artificiels sur des bâtiments publics pour compenser ceux détruits lors de travaux. Par exemple, une centaine a été posée sur une grosse colonie à Magnac-Laval (87) et une partie des nids a été réutilisée l’an dernier. »

L’hirondelle est fidèle, elle adore revenir où elle a niché l’année précédente. Au lycée d’Ahun en Creuse qui abrite plus de 200 nids, l’une des plus importantes colonies du Limousin, un préau à hirondelles a été installé pour les accueillir. Des initiatives bienvenues en Limousin pour revoir ces oiseaux dès les beaux jours dans une zone où l’espèce est encore présente. La météo influant énormément sur leur reproduction, il ne faudrait pas que le dérèglement climatique ait des conséquences désastreuses sur la ressource en nourriture et leur habitat.

Corinne Mérigaud