Ce que nous apprend l’évolution géographique du Covid-19

Contrairement à ce qu’on aurait pu présager, l’épidémie de Covid-19 reste concentrée dans certaines zones géographiques. Économiste, professeur en aménagement de l’espace et urbanisme à l’Université de Poitiers, Olivier Bouba-Olga décrypte, depuis la mi-mars les données régionales et départementales de décès liées au Covid-19 et nous livre son analyse.

« Pour évaluer l’impact réel de l’épidémie sur un territoire, il est important de ne pas se baser que sur le nombre de décès mais de mettre ce chiffre en rapport avec un indicateur de taille de ce territoire, soit la population totale d’un département ou d‘une région. Ce calcul permet d’avoir une vision plus juste de l’impact de l’épidémie sur une zone géographique. A partir de cette méthodologie, il ressort qu’en France, le Grand-Est reste le plus impacté par l’épidémie compte tenu de sa population totale, davantage que la région parisienne qui compte pourtant un plus grand nombre de décès.

Pas de dispersion géographique

Autre constat fort : la dispersion géographique de l’épidémie à laquelle on aurait pu s’attendre n’a pas eu lieu pour l’instant. L’analyse des données chiffrées, au fil des semaines, montre ainsi que l’épidémie reste très concentrée dans le Grand-Est, notamment le département du Haut-Rhin, et l’île de France, avec actuellement une inversion entre les deux : le Grand-Est où l’épidémie ralentit et l’île-de-France où elle explose. Ces deux territoires concentrent 60 % des décès au niveau national et ces proportions restent stables depuis le début de l’épidémie. On retrouve cette même configuration en Espagne, avec Madrid et la Catalogne qui concentrent 60 % des décès et l’Italie où 70% des décès sont enregistrés en Lombardie et Emilia Romagna.

On peut expliquer cette concentration, en partie au moins, par un effet positif du confinement. D’autres raisons sont en cause. En France, le Grand-Est est devenu le foyer initial par « accident historique », c’est à dire le fruit du hasard, à cause du rassemblement religieux à Mulhouse qui a été un foyer d’infections terrible. En Italie, en revanche, on peut l’expliquer par un effet structurel, cette région industrielle entretenant de nombreux échanges avec la Chine. En Espagne, le foyer de l’épidémie pourrait être dû à des touristes ayant été en Lombardie…Dans ces trois pays comme aux États-Unis, on observe également que les agglomérations sont les plus touchées (Paris, Madrid, Milan, New-York), en raison de la densité très forte de population qui génère une forte proximité entre individus.

La Nouvelle-Aquitaine, région la moins touchée en France

Ces données montrent ainsi une forte disparité géographique de l’épidémie, par exemple entre le Grand-est et la Nouvelle-Aquitaine, qui est la région la moins touchée en France. Le taux de mortalité dans le Grand-Est de 267 pour un million d’habitants contre 20 en Nouvelle-Aquitaine, soit treize fois moins

Ces chiffres sont cependant à prendre avec précaution car ils sont basés uniquement sur les décès en hôpitaux car les chiffres de la mortalité en Ehpad sont donnés au niveau national et non régional.
On sait que les régions du Sud et de l’Ouest de la France comptent un nombre plus important d’Ehpad et une populations plus âgée. Avec les données de décès en Ehpad, la Nouvelle-Aquitaine serait peut-être plus touchée qu’on ne l’imagine ».

propos recueillis
par Marianne Peyri

 

Surmortalité pour le Haut-Rhin, mais pas au niveau national

Sur la période du 1er au 23 mars 2020, malgré l’épidémie de Covid-19, le taux de mortalité au niveau national dépasse légèrement celui de 2019 mais reste en-deçà de celui de 2018, année marquée par une forte mortalité due à une grippe virulente. S’il n’y a pas de surmortalité à l’échelle de la France sur cette période, le Haut-Rhin, en revanche, enregistre deux fois plus de décès que l’an dernier.


Suivez les analyses d’Olivier Bouba-Olga sur son blog de l’Université de Poitiers.

 

Image par piviso de Pixabay