Limoges invente des implants en céramique chargés en antibiotiques

Des implants en céramique chargés en antibiotiques et capables de traiter des infections au cœur d’une zone infectée. Voilà la prouesse technologique et médicale réalisée par la société I.CERAM située sur la technopole de Limoges.

Une technologie unique au monde, mise au point par I.CERAM, est en rupture totale avec les traitements préconisés jusque là et du fait de la résistance des germes. Cette société est entrain de révolutionner la prise en charge de patients atteints d’une infection grâce à ses implants en céramique biocompatible qui peuvent permettre le relargage d’antibiotiques au plus près de la zone osseuse infectée.
La céramique apporte un confort inégalé par d’autres matériaux utilisés jusqu’à présent comme le ciment osseux contenant un antibiotique, la gentamicine, ou bien le titane qui ne peuvent être implantés dans une zone infectée.

Les avantages de la céramique d’alumine poreuse sont nombreux, biocompatibilité, légèreté, porosité, solidité, risque d’infection réduit avec intégration complète de l’implant sur l’os effective un an après la pose. Depuis sa création en 2005, I.CERAM conçoit et fabrique des implants de haute technologie destinés aux articulations que ce soit pour la cheville, la hanche, le rachis, l’épaule, le poignet…

Une première mondiale au CHU de Limoges

Les implants en céramique biocompatible de I.CERAM peuvent permettre le relargage d’antibiotiques au plus près de la zone osseuse infectée

La première implantation au monde d’une céramique chargée à la gentamicine a été réalisée en juin 2016 au CHU de Limoges par le docteur François Bertin sur un patient atteint d’une médiastinite, infection du médiastin situé à l’arrière du sternum.

« Les techniques utilisées habituellement comme le modelage de ciment ou les prothèses métalliques présentaient des risques infectieux trop importants indiquait le chirurgien, avec le chargement en antibiotique du sternum, cela me donnait une sécurité supplémentaire par rapport au risque infectieux de cette dernière chirurgie. »

Sorti du CHU au bout de vingt jours, le patient était guéri et, trente-six mois plus tard, aucune récidive de l’infection n’est survenue. Cette solution pourrait concerner un millier de patients en France, ce qui permettait de réduire la durée d’hospitalisation et les coûts de santé publique.

« Ce patient avait préalablement été hospitalisé pendant près de dix mois avant son opération se souvient André Kerisit, président de I.CERAM, le coût de cette hospitalisation peut être estimé à près de 550 000 euros. L’utilisation de la céramique chargée présente donc un double bénéfice : médical d’abord mais aussi financier pour les systèmes de santé modernes. Améliorer la prise en charge des patients et réduire leur séjour en hôpital est donc un défi majeur pour les prochaines années ! ».

Des implants doublement chargés en antibiotiques

Près de quatre ans après, quarante patients ont bénéficié d’un implant sternal dont quatre chargés en antibiotique. Le tout avec de bons résultats sur la non récidive de l’infection, la capacité respiratoire retrouvée. Il est aussi possible de faire de l’imagerie par rayons pour contrôler les organes présents sous le sternum « afin de voir ce qui se passe ensuite sur les organes. Cela est complètement différent par rapport aux technologies précédentes, notamment avec les sternums métalliques dont beaucoup cassaient explique André Kerisit.

Et d’ajouter : « cela apporte un intérêt majeur pour les médecins. Nous sommes donc très satisfaits, les patients gagnent en capacité respiratoire, même longtemps après l’intervention, et ils retrouvent une vie normale. »

Aujourd’hui, les patients du docteur Bertin quittent l’hôpital 72 h seulement après l’intervention et sans passer en réanimation. Dans certains cas, l’intervention a pu être circonscrite à un demi sternum, solution bénéfique pour les patients qui gardent leur véritable sternum. Dans le cas des implants chargés en antibiotique « il n’a été constaté aucune récidive d’infection lorsque le bon antibiotique est utilisé, précise le dirigeant. Mais la mutation des germes, dans des cas très complexes, nous incite aujourd’hui à travailler sur un double chargement en associant gentamicine et vancomycine. Cela permettra de traiter un spectre plus large de germes. Nous avions enregistré deux échecs concernant le membre inférieur chez des patients traités qui présentaient un antibiogramme lors de la biopsie où la gentamicine était efficace, mais qui, le jour de la ré-intervention, avaient une autre colonie de germes non sensibles à la gentamicine. Nous avons donc travaillé et mis au point ce double chargement. »

Concernant le sternum, après les premières interventions au CHU de Limoges, des patients ont été traités à, Strasbourg, Saint-Etienne, Lyon, Marseille, et dans d’autre pays depuis l’obtention du marquage CE, que ce soit en Italie, Pologne, Espagne, Allemagne et maintenant au Canada.

Corinne Mérigaud

Image par David Mark de Pixabay