Les sportifs sont-ils tous dopés ?

Dopés oui, mais à l’insu de leur plein gré. Avec des produits dopants qu’ils fabriquent eux-mêmes en faisant du sport.

Notez que l’exercice physique n’est un plaisir que depuis récemment (et pas pour tout le monde). À l’origine de l’espèce, comme chez beaucoup d’animaux, cet exercice servait essentiellement à sauver sa peau : l’organisme se dopait pour courir plus vite, sauter plus loin et plus haut en cas de danger. Lorsqu’il s’est agi de gagner des médailles, les réactions chimiques sont restées les mêmes.

Faire du sport entraîne donc la production de certains neurotransmetteurs, des molécules qui sont chargées de véhiculer les informations d’un neurone à l’autre. En fonction de la catégorie de neurotransmetteur, l’information transmise est modifiée dans un sens ou dans l’autre (en fonction d’autres critères aussi, car le cerveau est un objet plutôt complexe). L’effort permet donc d’en secréter une ribambelle, dont trois, principalement, agissent pour doper le sportif. Il y a d’abord la dopamine, qui porte bien son nom. Elle améliore la concentration, mais c’est elle qui frétille lorsqu’on attend une récompense ou que l’on va faire quelque chose qui doit nous procurer du plaisir (physique, souvent…) ou nous faire du bien (au corps, évidemment). C’est elle aussi qui est en cause dans les addictions aux drogues.
Tout un programme.

Deux autres molécules sont également en jeu : l’endorphine, qui diminue la sensation de douleur et provoque un certain bien-être, voire une euphorie, et l’adrénaline, qui tient éveillé et stimule l’attention et la préparation à l’effort. Un duo explosif, genre double mixte infernal : la production d’endorphines se poursuit bien après celle d’adrénaline, et, par réaction, le système nerveux diminue le nombre de ses récepteurs justement pour qu’on ne se détende pas trop, au cas où le danger surviendrait à nouveau (parce que, on l’a dit, courir sert avant tout à ne pas se faire becqueter par un tigre). Dans une pratique sportive régulière, le corps recherche cette sensation de bien-être produite par l’endorphine, et, comme il y a moins de récepteurs, il faut donc produire plus d’endorphines pour le même effet, donc faire plus de sport, ce qui diminue encore les récepteurs… Et à la fin, on arrive à deux heures de footing par jour pour avoir sa dose : c’est la bigorexie, nom donné à l’addiction au sport.

Verra-t-on bientôt un avertissement sur les chaussures de sport : « Courir crée une accoutumance » ?
Faites vous aider : restez couché !

Image par 272447 de Pixabay