Y a-t-il (vraiment) des pesticides dans le bio ?

« A quoi bon manger bio puisque l’agriculture biologique utilise aussi des pesticides ? », se demandent publiquement les bio-sceptiques qui cherchent ainsi à semer le ver dans le fruit et le doute dans l’esprit du consommateur. Décryptage

En 2019, plus de 9 Français sur 10 se sont tournés vers des produits biologiques et 71 % de nos concitoyens mangent bio au moins une fois par mois. Selon les résultats du dernier Baromètre de consommation et de perception des produits biologiques en France*, « la volonté de préserver sa santé » est la principale raison invoquée par ces consommateurs réguliers. De fait, l’agriculture biologique garantit la non-utilisation de pesticides chimiques de synthèse.

Pas de pesticides chimiques de synthèse

Elle s’appuie sur des méthodes naturelles 
de protection, comme la rotation des cultures. Ce procédé cultural présente l’avantage de casser le cycle des ravageurs et d’éviter la propagation de maladies, tout en améliorant la fertilité des sols. D’autres solutions de lutte alternative sont également utilisées. Loin d’être des techniques d’un autre temps, ces mesures de biocontrôle sont aujourd’hui encouragées et développées par l’INRAE (ex INRA) dans le cadre du plan Ecophyto visant à réduire de moitié le recours aux produits phytopharmaceutiques en France, à l’horizon 2025, toutes filières confondues.

Des traitements oui, mais à titre curatif

Lorsque les mesures prises ne suffisent pas à protéger les végétaux contre les ravageurs et les maladies, l’usage de produits phytosanitaires est autorisé. Tous sont d’origine naturelle, à l’exception des pièges autorisés pour la mouche des fruits. Pas de molécules de synthèse, donc. Ce qui n’empêche pas certaines substances d’être controversées. L’EFSA, autorité européenne de sécurité alimentaire, et l’Anses ont ainsi pointé du doigt les dangers du sulfate de cuivre (base de la fameuse bouillie bordelaise), en raison de son accumulation dans le sol. L’INRAE, en charge d’une expertise collective sur le sujet publiée en 2018, planche sur des solutions alternatives.

Moins de résidus de pesticides dans les aliments Bio

Si les pesticides naturels ne sont pas exempts de dangerosité, ils présentent néanmoins un avantage certain par rapport aux pesticides de synthèse. Dans la grande majorité des cas, ils se dégradent plus facilement. Par ailleurs, les agriculteurs en agriculture biologique les utilisent uniquement lorsqu’ils ne peuvent pas faire autrement, parcimonieusement et sur de plus petites surfaces. Résultat, selon le dernier rapport de l’EFSA, 85,8 % des produits issus de l’agriculture biologique sont exempts de résidus de pesticides, contre 53,3 % des produits cultivés de manière conventionnelle. De quoi rassurer les bio-sceptiques ?

Alexandrine Civard-Racinais

* Etude Spirit Insight réalisée pour l’Agence BIO du 15 au 27 novembre 2019 auprès d’un échantillon représentatif de la population française de 2000 personnes âgées de 18 ans et plus.

 

Une utilisation très encadrée

Bio ne rime pas davantage avec Bohème. Respectueux des écosystèmes, les agriculteurs biologiques doivent aussi respecter les lois et règlements en vigueur.

• Les produits de traitement autorisés en AB sont listés à l’annexe II du règlement (CE) n° 889/2008 encadrant l’agriculture biologique.

• Pour être utilisés en France, ils doivent par ailleurs bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par l’ANSES.

• Enfin, le recours à ces produits doit pouvoir être justifiée. Chaque année, l’agriculteur biologique fait l’objet d’un contrôle effectué par un organisme indépendant agréé (Ecocert et autres…). En cas d’utilisation d’un produit de traitement ou de tout intrant, il doit pouvoir le justifier.

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