Voici comment fonctionnent les essais cliniques pour les vaccins contre la Covid-19

Le 4 septembre 2020, le président Donald Trump a annoncé que nous aurons un vaccin contre la Covid-19 « d’ici la fin de l’année et peut-être même avant le 1er novembre ». À la veille de l’élection présidentielle aux États-Unis, cette déclaration a alimenté l’inquiétude qu’un vaccin contre le coronavirus puisse être approuvé avant que tous les essais ne soient terminés

Aux États-Unis, l’examen et l’homologation des vaccins relèvent de la Food and Drug Administration (FDA). Mais le fait que la FDA ait approuvé d’urgence deux médicaments antipaludiques et du plasma de convalescents pour le traitement de la Covid-19 a poussé certains à conclure que l’agence subissait des ingérences politiques.

L’inquiétude concernant l’impartialité de la FDA est telle que les entreprises pharmaceutiques ont établi des limites et se sont engagées publiquement à « ne déposer une demande d’autorisation, ou d’autorisation en urgence, qu’après avoir démontré l’innocuité et l’efficacité du vaccin dans le cadre d’un essai clinique de phase 3. »

Mais qu’est-ce qu’une étude clinique de phase 3 ? Et comment les essais scientifiques peuvent-ils fournir des preuves fiables que les vaccins sont non seulement efficaces mais aussi sans risques ?




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Mise au point d’un vaccin

On peut présenter la mise au point d’un vaccin comme le processus qui consiste à séparer les parties néfastes d’un agent infectieux de celles qui induisent une réponse immunitaire et nous protègent contre une éventuelle infection. Il existe de multiples façons d’y arriver, et donc, divers types de vaccins.

Les candidats vaccins contre la Covid-19 illustrent ces diverses approches. Dans certains cas, comme pour le vaccin à coronavirus inactivé de SinoPharm, on a eu recours à des coronavirus entiers tués. Dans d’autres, par exemple pour le vaccin de l’Université d’Oxford-AstraZeneca, on a modifié un autre virus (ici, un adénovirus qui affecte les chimpanzés) pour qu’il exprime les protéines du coronavirus. Finalement, certains, comme le vaccin à ARNm de Moderna, n’utilisent que des morceaux de matériel génétique viral.

Au Canada, ce sont Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada qui se partagent la supervision des vaccins. L’évaluation scientifique des vaccins comprend des essais sur les animaux, des essais cliniques sur les humains et une surveillance post-approbation. À bien des égards, la procédure pour tester des vaccins est la même que celle pour les médicaments. Cependant, comme les vaccins sont administrés à des personnes en bonne santé, on met encore plus l’accent sur l’innocuité dans les tests.

Essais sur les animaux

La première étape dans l’évaluation d’un vaccin est l’expérimentation animale. Les animaux reçoivent différentes doses de vaccin afin d’observer les effets indésirables et leur réponse immunitaire.

Comme le virus qui provoque la Covid-19 est nouveau, il n’y avait pas de modèle animal pour cette infection. Une étude récente a démontré que les furets, les chats et certains primates non humains peuvent développer et transmettre la maladie. L’expérimentation animale fournit des informations sur l’innocuité (et parfois l’efficacité) d’un vaccin avant qu’il ne soit testé sur l’humain.

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Essais cliniques sur l’humain

Les essais cliniques sur l’humain sont divisés en trois phases. La première préoccupation de toutes ces phases est de garantir l’innocuité du vaccin. Son efficacité est évaluée de différentes manières tout au long du processus. Les essais des premières phases visent à évaluer la production d’anticorps contre le virus, tandis que les essais de la dernière phase permettent de vérifier si le vaccin empêche réellement les gens de tomber malades.

Les essais de phase 1 constituent la première étape d’évaluation d’un vaccin chez l’humain. On y recrute de 10 à 100 volontaires en santé qui reçoivent différentes doses du vaccin. Les effets indésirables les plus courants d’un vaccin sont une rougeur ou une douleur au point d’injection, des douleurs musculaires, des maux de tête et de la fièvre. On prélève également du sang chez les volontaires pour évaluer leur réponse immunitaire, en particulier s’il y a augmentation des anticorps et si la quantité d’anticorps est semblable à celle des personnes qui ont eu la maladie.

Les essais de la phase 2 ressemblent à ceux de la première phase en ce qu’ils mettent l’accent sur les effets indésirables et la réponse immunitaire. Cependant, ils comprennent des centaines de volontaires en bonne santé dont on s’est assuré de la diversité afin de donner une meilleure indication de l’innocuité et de la réponse immunitaire chez les personnes qui pourraient recevoir le vaccin à l’avenir.

Comme les essais de phase 1 et 2 concernent un nombre relativement faible de personnes, ils ne nous renseignent que sur les effets secondaires très courants (plus de dix pour cent des personnes vaccinées) et courants (plus d’un pour cent). L’efficacité des vaccins n’est évaluée ici qu’indirectement par la mesure des anticorps.

Seuls les essais de la phase 3 peuvent fournir une démonstration fiable de l’efficacité et de l’innocuité d’un vaccin. Il s’agit de vastes essais contrôlés randomisés menés dans la communauté. Des personnes s’y voient administrer soit le vaccin, soit un placebo. Si moins de personnes ayant reçu le vaccin tombent malades que celles ayant reçu le placebo, nous avons la preuve directe que le vaccin prévient la maladie.

Jusqu’à des dizaines de milliers de volontaires peuvent se faire administrer le vaccin dans le cadre de la phase 3, ce qui permet d’obtenir des informations fiables sur ses effets indésirables, y compris ceux qui sont peu courants (moins d’un pour cent des personnes vaccinées) ou rares (moins de 0,1 pour cent).

Un vaccin peut recevoir une approbation d’utilisation après un essai de phase 3 réussi.

Sur les 321 vaccins contre la Covid-19 en cours d’élaboration, 27 sont en phase 1 ou 2 et six sont en phase 3. Au total, ces essais vont recruter 280 000 personnes dans 34 pays. Aucun vaccin contre la Covid-19 n’a encore été homologué au Canada ni aux États-Unis.

Surveillance post-approbation

Une fois qu’un vaccin est homologué, il est essentiel de continuer à surveiller son innocuité. La détection fiable des effets indésirables très rares des vaccins (moins de 0,01 % des personnes vaccinées) nécessite des informations sur des centaines de milliers de personnes. Le Système canadien de surveillance des effets secondaires suivant l’immunisation évalue l’innocuité des vaccins commercialisés, publie régulièrement des rapports et décide si une étude plus approfondie doit être menée lorsqu’un problème a été détecté.

Dans le cas où un vaccin contre la Covid-19 réussirait toutes les étapes des essais cliniques et qu’il ferait ensuite l’objet d’un suivi après son approbation, nous avons de bonnes raisons de croire qu’il serait à la fois efficace et sans danger.The Conversation

Charles Weijer, Professor of medicine, epidemiology & biostatistics, and philosophy, Western University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.