Lire dans l’obscurité abîme-t-il vraiment les yeux ?

Évidemment, on le sent bien qu’il ne faut pas lire quand il fait trop sombre. La preuve : on a mal aux yeux. Sauf que ce n’est pas forcément parce qu’on a mal que ce n’est pas bien. Lumière…

Les lecteurs compulsifs le sentent lorsqu’ils se font rattraper par l’obscurité. La flemme de se lever pour allumer, on finit par déchiffrer péniblement et ça commence à tirer sur les yeux. On va même jusqu’à un début de migraine pour les plus sensibles. Pendant longtemps, on a cru que faire forcer les yeux comme ça pouvait dégrader la vision alors qu’il n’en est rien.

En fait, ce qui rend myope… c’est lire, tout simplement. Statistiquement, les gros lecteurs sont plus souvent myopes que les autres. Tout simplement parce qu’ils sollicitent plus tôt et davantage la faculté d’accommodation à la vision de près. Et à terme, elle finit par se fatiguer. Mais pour l’essentiel, le facteur déterminant de la myopie est génétique. Alors lisez à la bougie, ça ne changera rien pour vous !

L’œil sec et le muscle dur

La douleur que l’on ressent, c’est uniquement parce que comme on voit moins bien, on cligne moins des yeux et ils se dessèchent. En outre, on sollicite davantage les muscles oculaires et c’est ce qui donne aussi cette sensation d’yeux fatigués. Si l’on lisait tout le temps et très longtemps dans ces conditions, cela pourrait effectivement avoir des effets négatifs à long terme. Mais comme cette fatigue nous fait rapidement renoncer à lire, le repos que l’on prend ensuite annule tout dommage potentiel.

Car il ne faut pas croire que fixer dans le noir n’est pas naturel. C’est juste qu’il faut un peu plus de temps pour s’adapter. Dans l’œil, le passage du noir à la lumière est presque instantané mais l’inverse nécessite une petite demi-heure de préparation.

Du pigment dans l’œil

Car il existe deux récepteurs qui reçoivent la lumière dans l’œil et la traduisent en impulsions électriques vers le cerveau. Les cônes qui distinguent bien les couleurs et les bâtonnets qui sont plus sensibles à la luminosité. C’est eux qui vont faire l’essentiel du boulot grâce à la rhodopsine, un pigment qui est inactif pendant la journée.

Dès qu’il fait plus sombre, il va falloir constituer un stock et ça prend un peu de temps… En outre, les cônes sont très présents au centre de la rétine, et les bâtonnets plutôt à l’extérieur. C’est pourquoi, de nuit, on distingue mieux les formes… et pour lire, c’est pas le mieux.

Mais selon des chercheurs australiens de l’université de Queensland, lire dans l’obscurité peut avoir des conséquences à long terme pour les enfants. Pour eux, la lumière naturelle réduirait la croissance du globe oculaire. Et plus le globe oculaire est long, plus on a de chances d’être myope. Ouf… on peut continuer à dire « ne lit pas dans le noir, tu vas t’abîmer les yeux. » Enfin… au conditionnel quand même.

Jean-Luc Eluard