Qu’est-ce que la déontologie des journalistes ? 

Anne-Sophie Novel, journaliste indépendante, vice-présidente du Club de la presse de Bordeaux et autrice de Les Médias, le Monde et nous, détaille les principes déontologiques qui encadrent la pratique du journalisme.

 

« La déontologie, de façon générale, c’est ce qui donne un cadre à une profession, un code de conduite, une méthodologie. Il en existe évidemment dans tous les métiers. Dans le cas des journalistes, la déontologie définit la manière dont on va mener une enquête, écrire un article, réaliser un reportage, etc. en respectant les fondamentaux de la pratique journalistique. Ce qui signifie aller récolter une information à la source, la vérifier, la recouper auprès d’autres sources, notamment. 

Tout cela prend du temps, or les journalistes en manquent cruellement, et de plus en plus. Il faut toujours aller plus vite, faire davantage avec moins de monde. Cela nuit inévitablement à leur travail. 

« Assumer sa subjectivité »

Anne-Sophie Novel rappelle que « les journalistes ont l’obligation de s’inscrire dans une pratique conforme à la définition de leur métier »

Cela veut aussi dire respecter ses devoirs d’objectivité et de neutralité. Ce qui ne signifie d’ailleurs pas être objectif. En réalité, personne ne peut l’être, pas plus les journalistes que quiconque. Il faut donc assumer sa propre subjectivité, et faire au mieux pour donner une version la plus neutre possible. Sauf si l’on travaille pour un média d’opinion, mais la démarche est différente. Les lecteurs préfèrent d’ailleurs largement cette honnêteté plutôt que d’avancer sur un terrain mal balisé, où les journalistes n’assument pas leurs opinions.  

Comme les médecins doivent respecter leur serment d’Hippocrate, les journalistes ont ainsi l’obligation de s’inscrire dans une pratique conforme à la définition de leur métier. Celle-ci est notamment définie par la Charte de déontologie de Munich, aussi appelée Déclaration des devoirs et des droits des journalistes. Mais son application n’est pas vraiment contrôlée.

En France, un Conseil de déontologie journalistique et de médiation a vu le jour l’an passé, mais il est très critiqué. Il me semble pourtant important ; il rend des avis qui n’ont certes pas de valeur juridique mais peuvent aider à redonner un sens au métier. Ce cadre n’existe pas encore, si l’on excepte le CSA mais qui ne concerne que les médias audiovisuels. »

Retrouvez toutes les interviews de notre série sur l’esprit critique : lire ici.

Propos recueillis par
Jean Berthelot de La Glétais

 

Avec le soutien du ministère de la Culture