Comment les journalistes vérifient-ils l’information et son origine ?

Arnaud Schwartz, ancien journaliste à La Croix et actuel directeur de l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA), explique comment une information est vérifiée et quelle importance ce travail revêt pour notre démocratie

« D’abord, il convient de rappeler combien il est nécessaire de vérifier l’information, plus encore par les temps qui courent, où fake news et balivernes peuvent se propager à très grande vitesse. Vérifier, c’est le travail de base de tout journaliste professionnel. 

Le grand principe, c’est qu’il faut recouper l’information. Ce n’est pas parce qu’une personne dit quelque chose que cette chose est vraie. Donc, on fait en sorte qu’une ou plusieurs autres personnes confirment ce qui a été dit. Il faut également se poser des questions sur les sources qui nous transmettent ces informations : s’agit-il de témoins directs, de consœurs ou confrères ayant entendu quelque chose, d’une personne qui a alerté le journaliste, d’une dépêche d’agence ? Aucune de ces sources ne doit être prise pour argent comptant ; on doit toujours prendre le temps de vérifier.

Il faut donc perpétuellement mettre en doute, par pour le plaisir de le faire mais pour être certain que ce qui est avancé est fiable à 100 %. C’est d’ailleurs ce qui différencie un journaliste d’une personne qui émet l’information sur un réseau social par exemple, où chacun peut avancer ce qu’il veut. 

« Un risque majeur pour la démocratie »

Pour Arnaud Schwartz, « il faut que nos concitoyens soient conscients des liens entre la véracité des faits et la démocratie »

Une fois que l’on a recoupé ses sources, on doit s’interroger sur leur origine. Car plusieurs sources peuvent avoir une même origine, laquelle peut être trompeuse. L’exemple parfait, c’est l’affaire Dupont de Ligonnès : les journalistes de titres respectés et prestigieux ont, de bonne foi, appelé diverses sources dans la police française qui ont confirmé son arrestation par la police écossaise. Le problème, c’est que toutes les sources françaises avaient été mises au courant par une seule source écossaise… qui s’était trompée. Il faut ainsi être capable de se demander, en tant que journaliste, si par hasard il n’y a pas un risque pour que l’origine des sources ne soit pas fiable.

C’est un travail complexe, donc un travail de professionnels. C’est pour cela que les journalistes restent tellement importants, et il faut que nos concitoyens soient conscients des liens entre la véracité des faits et la démocratie. Ce mode de gouvernement repose sur la résolution des conflits par le débat, pas par la violence. Or pour que le débat puisse avoir lieu, il faut que chaque camp puisse exprimer ses arguments, au nom du principe supérieur de la raison des Lumières.

Si les arguments des uns sont frappés du sceau de la raison, face à l’autre qui n’hésite pas à jouer sur le mensonge, alors le débat ne peut plus avoir lieu sur des bases saines et c’est un risque majeur pour la démocratie. »

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Propos recueillis par
Jean Berthelot de La Glétais

 

Avec le soutien du ministère de la Culture