Et si la lumière pouvait guérir certains cancers ?

Les Grecs anciens et les Romains avaient découvert le pouvoir guérisseur du soleil. Depuis deux ans, un laboratoire de l’Université de Limoges pilote un projet de photothérapie dynamique Polythéa avec un objectif : détruire des tumeurs cancéreuses.

Hippocrate, médecin grec qui a donné son nom au célèbre serment, conseillait déjà à ses patients dépressifs de s’exposer au soleil pour retrouver la pêche ! Pour lui, les gens du Sud étaient plus joyeux parce que le soleil brillait plus longtemps chez eux. Plus près de nous, c’est un médecin danois Niels Ryberg Finsen qui a découvert la photothérapie dynamique en traitant des patients tuberculeux par la concentration des radiations lumineuses… ce qui lui valut le Prix Nobel en 1903.

Depuis deux ans, dix doctorants européens planchent à distance sur un projet de photothérapie dynamique dans six universités à Limoges, en Irlande, en Pologne, au Portugal, en Suisse et aux Pays-Bas. mettre au point un traitement sensible à une source de lumière pour détruire des cellules infectées. « Polythéa » est porté par le Laboratoire de chimie des substances naturelles (LCSN) de l’Université de Limoges fort d’un budget de 2,5 millions.

Leur objectif : mettre au point des molécules tueuses de tumeurs. « Il s’agit de développer des systèmes innovants permettant, sous l’action de la lumière, de produire des espèces toxiques capables de détruire par exemple des cellules tumorales ou des bactéries », explique Stéphanie Lhez, Maître de conférences en chimie et coordinatrice du projet.

Des applications cutanées ou en intraveineuse

Deux doctorants de Limoges « cultivent » des molécules qui réagissent à la lumière. (Photo : laboratoire LCSN)

Ces molécules photosensibilisantes inoffensives s’accumuleront dans les cellules puis, une fois irradiées de lumière, elles deviendront toxiques et détruiront les cellules tumorales sans endommager celles qui sont saines.

Originaire de Mexico, Nidia Maldonado Carmona et son homologue irlandais Dáire Gibbons, les deux doctorants en poste à Limoges, multiplient les essais pour concevoir ces photo-sensibilisateurs. « J’ai déjà créé une dizaine de molécules puis en février, j’irai à l’Université d’Amsterdam pour tester leur efficacité précise le jeune homme, mais il y aura de nombreuses étapes à franchir avant la commercialisation dans quinze ans minimum ». Il espère que des cancers du sein et du colon pourront être traités de la sorte. Les photo-sensibilisateurs pourraient être appliqués sous forme de pansement, de pommade ou d’injection intraveineuse avec un triple avantage : le traitement ne sera pas invasif comme la radiothérapie ou la chimiothérapie et il pourra être administré en ambulatoire, le tout sans effets secondaires. Une nouvelle voie est donc ouverte.

Corinne Mérigaud