En Creuse, le data-center de Sostradata se refroidit et se chauffe lui-même

L’informatique est indirectement un problème écologique. Essentiellement à cause de sa forte consommation en électricité. Les data-centers, « centres de données », sont particulièrement montrés du doigt. En Creuse, Sostradata, un data-center d’un nouveau type, essaie de ne pas gaspiller inutilement l’énergie

Selon les modes de calculs, entre 1 et 3% de la consommation électrique mondiale est imputable aux data-centers. Parce que ces énormes baies de serveurs qui stockent les données consomment beaucoup pour tourner, tout simplement. Là, les fabricants améliorent au fur et à mesure un matériel qui devient de plus en plus performant. De fait, la consommation électrique nécessaire à la conservation d’un téraoctets de données aurait été divisée par neuf entre 2010 et 2018.

Reste le bâtiment lui-même et tout ce qu’il gaspille en énergie pour refroidir ces mastodontes sensibles aux coups de chaud. Là-dessus, on peut intervenir localement : à La Souterraine, sous-préfecture de la Creuse, est né en 2019 le data-center le plus économe de France. Là où la plupart des bâtiments de ce type affichent un PUE (énergie consommée par un datacenter) de 2,5, Sostradata ne dépasse pas 1,1. Ce qui signifie que le total de l’énergie dépensé par le bâtiment dépasse à peine celui nécessaire au fonctionnement des machines.

Courants d’air pour la régulation des températures

SostraData s’est doté d’une technologie innovante brevetée, qui permet de se passer de climatisation. Déjà car on s’est rendu compte qu’un nombre conséquent de journées affichent des températures comprises entre 18 et 25°C. Dans ces cas là, on laisse les baies de serveurs à température ambiante. Et lorsqu’il faut chauffer, on utilise la chaleur produite par les machines et on la régule en mélangeant avec l’air extérieur. Lorsqu’il faut refroidir, un système de cheminée permet d’absorber les frigories de l’air extérieur la nuit. Elles seront réutilisées au plus chaud de la journée. Le tout grâce à un système où l’orientation des serveurs permet de créer des couloirs froids et des couloirs chauds qui, en entrant en contact, créent les courants d’air nécessaires au brassage et à la régulation des températures.

En outre, « certains data-centers refroidissent trop par précaution. Mais on s’est rendu compte que c’est inutile la plupart du temps », souligne Céline Texier, de Gamac, la structure gestionnaire du centre. Qui est né à l’initiative du groupe Picoty, basé à La Souterraine. C’est ce qui explique cette implantation rurale… mais pas si incongrue : « Pour un data-center, ce qui compte, ce sont les réseaux de fibres qui suivent les grandes routes. Et ici, on est dans le centre de la France, à la croisée de plusieurs routes importantes. »

Actionnariat 100% français

Avec un actionnariat 100% français, une consommation énergétique moindre qui permet de diminuer d’autant les coûts et enfin, une certification TIER IV qui garantit le doublement ou le triplement de tous les équipements pour conserver et acheminer les données « ce qui est une première en France », Sostradata présente une image reluisante, qui séduit les grosses entreprises nationales comme les petites départementales qui occupent actuellement un quart de 80 baies disponibles.

Une première suivie d’une deuxième, portée par les mêmes acteurs à Saint-Jean d’Angély. Inauguré en octobre 2020, Data 17 bénéficie aussi de cette aura de « l’un des meilleurs data-centers du monde ». En tous les cas, loin de ce lourd passif des poids-lourds du secteur qui engloutissent l’énergie sans compter.

Jean-Luc Eluard