Un fragment de sortiline, protéine humaine, tue des cellules cancéreuses

Le cancer du poumon est le plus répandu dans le monde et celui qui fait le plus de victimes. La découverte des propriétés de la sortiline par une équipe de l’Université de Limoges pourrait révolutionner le traitement de la maladie

Souvent, le cancer du poumon est découvert à un stade avancé et les chances de guérison sont alors fortement réduites avec un taux de survie à cinq ans de 5 %. La radiothérapie, la chimiothérapie ou encore les thérapies ciblées présentent des effets secondaires et leurs bénéfices cliniques se réduisent à long terme. Un autre traitement pourrait révolutionner la prise en charge de ce cancer. Camille Granet, doctorante à l’Université de médecine de Limoges, termine sa thèse en ce moment après trois

ans et demi de recherches menées au laboratoire Captur (Contrôle de l’activation cellulaire, progression tumorale et résistance thérapeutique) sous la direction du professeur Marie-Odile Jauberteau et des docteurs François Gallet et Thomas Naves. L’équipe a découvert une protéine qui ouvre de nouvelles perspectives de traitement.

Camille Granet explique : « Nous avons observé que la sortiline, une protéine naturellement présente dans notre organisme, pouvait être coupée en plusieurs fragments, elle possède des propriétés anti-tumorales. Au cours de l’évolution tumorale, la sortiline diminue et disparaît. En tentant de comprendre les causes de sa disparition, nous avons découvert cette modification encore jamais observée. Elle subit plusieurs clivages de sa structure pour produire de minuscules parties d’elle-même. »

Des chances de survie plus importante avec la sortiline

Après des expérimentations in vitro, la prochaine étape sera d’effectuer des tests in vivo. (Photo Camille Granet)

La doctorante a mené une expérimentation grâce à des prélèvements sur 150 patients opérés d’un cancer du poumon au CHRU de Limoges. « Nous avons caractérisé l’effet du fragment généré, appelé peptide, dans des lignées cellulaires puis dans le corps humain grâce à un partenariat avec l’unité de chirurgie thoracique qui nous fournit un morceau de tissu sain et le tissu tumoral de chaque patient. Nous avons réussi à corréler la survie des patients avec la présence ou non du SICD, le bout de sortiline généré après avoir été coupée. Les patients qui en avaient le plus présentaient un taux de survie plus élevé, faisant du SICD, un critère de bon pronostic. »

Elle parvient à synthétiser ce peptide en y ajoutant des caractéristiques afin d’augmenter sa capacité à pénétrer dans les cellules tumorales. « En traitant une population de cellules in vitro avec ce peptide, on parvient à les tuer mais pas à 100 % en raison du taux de pénétration du SICD qui n’est pas encore optimal. Mais, dès qu’une cellule incorpore le peptide, en général elle meurt au bout de 24 heures et l’effet persiste à 72 h et 96 h, ce qui est plutôt rare pour des thérapies. » Un brevet a été déposé dans ce sens en 2019.

Une start-up pour poursuivre ses recherches

La prochaine étape sera de passer de cellules grandissant dans une boîte à l’expérimentation in vivo sur des souris. Après sa thèse, Camille Granet compte valoriser ses recherches en fondant sa start-up incubée par l’Avrul à Limoges avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine via un financement Aliénor avec un triple objectif : produire le peptide, l’améliorer pour le rendre plus efficace et traiter les souris pour voir s’il a un effet positif sur la croissance tumorale.

« Nous saurons courant 2021 s’il est efficace sur les souris » assure-t-elle. Un candidat médicament pourrait être proposé d’ici une dizaine d’années avec une thérapie innovante « mieux acceptée par le patient car naturellement présente chez l’homme lorsque tout va bien et combinable avec d’autres thérapies pour pallier les phénomènes de résistance. »

Corinne Mérigaud