Le grand retour du Bouquetin dans les Pyrénées !

Chassé jusqu’au dernier, le Bouquetin ibérique avait disparu du versant français des Pyrénées depuis plus d’un siècle. Grâce à une politique volontariste de réintroduction, il y est à nouveau présent

En ce début mai 2021, Julien Canet, chargé de projet bouquetin pour le Parc naturel des Pyrénées ariégeoise, est fébrile. Les premiers cabris ne devraient pas tarder à montrer le bout de leur museau. Des naissances porteuses d’espoir. Car cet animal emblématique revient de loin ! En 1910, les deux derniers représentants français de cette espèce étaient tués par balle. Deux grands mâles aux splendides cornes en forme de lyre, victimes de la chasse au trophée, venaient de s’éteindre près de Cauterets.

Bouquetin ibérique mâle adulte

Le Bouquetin ibérique a été chassé jusqu’au dernier pour ses cornes qui peuvent atteindre 90 cm chez le mâle adulte. PHOTOS Julien Canet

Un rêve, fruit d’une collaboration franco-espagnole

Si le bouquetin est également chassé côté espagnol, la création de la réserve « Coto real » de Gredos (1905) a permis de préserver l’espèce. Et de rêver, côté français, à sa possible réintroduction dans nos montagnes. Un rêve devenu réalité en 2014. Cet été là, 38 Bouquetins ibériques*, prélevés dans le Parc national de la Sierra de Guadarrama, près de Madrid, sont relâchés dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises et dans le Parc national des Pyrénées, porteurs du projet de réintroduction du bouquetin dans les Pyrénées. « Il a fallu trente ans d’efforts, d’études de faisabilité et de consultations pour en arriver là », souligne Julien Canet qui se réjouit que « le bouquetin, exterminé par l’homme, ait pu être réhabilité par d’autres hommes ».

Bien campé sur des pattes robustes terminée par des sabots adhérents à la roche, le Bouquetin ibérique affectionne les milieux rocheux escarpés. PHOTOS Julien Canet

Carnet rose pour les bouquetins

Dans le PNR des Pyrénées ariégeoises, les 105 bouquetins relâchés entre 2014 et 2020 ont montré une parfaite adaptation à leur nouvel environnement. Leur succès reproductif en atteste : « cette année, la population devrait dépasser les 200 individus ! ». Depuis 2014, le nombre de naissances augmente chaque année, de même que la taille des groupes et la part des individus nés in situ, signe « d’une très bonne survie des cabris au fil des ans, et de leur attachement à leur site de naissance ». Bref, « tous les voyants sont au vert ! » Idem pour le Parc national des Pyrénées avec 270 individus recensés fin 2020.

Vers une sortie de la liste rouge?

Le Bouquetin ibérique pourrait même être le prochain mammifère à sortir de la liste rouge des espèces menacées de métropole dont la prochaine actualisation est prévue d’ici 2025. Si sa dynamique se poursuit, il devrait rétrograder de la catégorie « en danger » (- de 250 animaux reproducteurs) à celle de « vulnérable » (+ 250 individus et courbe ascendante). « Ce sera un nouveau progrès incroyable. Et la preuve que les efforts de conservation sont payants ! » se réjouit Florian Kirchner, chargé de programme « Espèces » à l’UICN Comité français. A condition d’être patient, « car il faut plusieurs décennies pour sauver une espèce », et de ne pas s’arrêter en si bon chemin. De nouvelles introductions d’adultes matures sont d’ailleurs prévues pour dynamiser la population de bouquetin présente dans le PNR des Pyrénées ariégeoises et permettre à l’espèce de recoloniser, à terme, l’ensemble des Pyrénées.

Alexandrine Civard-Racinais

* Ce terme regroupe l’ensemble des bouquetins occupant ou ayant occupé la péninsule ibérique, chaîne pyrénéenne incluse.

 

Un retour en 4 dates clés

  • Dans les années 80, la réintroduction du bouquetin dans les Pyrénées est envisagée.
  • 2012 : Le Bouquetin ibérique (Capra pyrenaica) est classé espèce protégée sur le territoire français.
  • 2014 : Premiers relâchés de Bouquetins ibériques dans les Pyrénées françaises.
  • 2015 : Premières naissances de cabris sur le sol français après plus de 100 ans d’absence.