La mouche verte : elle est insupportable mais c’est une alliée…

Vrombissantes, agaçantes, répugnantes, les mouches vertes trainent dans leur sillage une sale réputation. Autrement appelées « mouches à merde », elles nous rendent pourtant de nombreux services

En été, le vol bourdonnant ou très rapide caractéristique des mouches appartenant à la famille des Calliphoridés a le don d’agacer, voire de susciter des envies d’écrasement… Surtout quand il s’agit d’une « mouche verte » jouant les invités surprises par un beau dimanche ensoleillé.

 Il n’y a pas une, mais près de 1 100 espèces de « mouches vertes et bleues ». Source : OPIE

Recherche protéines désespérément

Cette mouche adulte est une femelle, en quête d’une source de protéines indispensable à la fabrication de ses oeufs. Car « les Calliphoridés aiment les matières animales et végétales en décomposition » (dont la viande)… », rappelle l’entomologiste Christophe Daugeron, responsable scientifique de l’ensemble Arthropodes Terrestres du MNHN. « Elles aspirent les liquides suintants de la viande grâce à leur trompe qui se termine comme une éponge ». Cette trompe sert également à aspirer des substances sucrées.

La mouche verte, une pollinisatrice… 

Afin de pouvoir assurer son plan de vol, très énergivore, Lucilia sericata se ravitaille aussi en nectar. Lors des chaudes journées estivales, il est fréquent de l’apercevoir, posée sur une grande ombellifère (comme le cerfeuil) poussant au bord d’un chemin. Ce faisant, « la Lucilie soyeuse et ses cousines participent à la pollinisation des fleurs sauvages ». Mais son rôle essentiel est ailleurs…

La « mouche verte » ou Lucilie soyeuse mesure entre 7 et 10 mm de long. Son corps se pare de reflets métalliques. Ses yeux, bruns ou rouges, occupent une grande partie de sa tête. PHOTO MNHN

La mouche verte, éboueur de la nature

« La Lucilie soyeuse fait partie d’un cortège de grands nettoyeurs /décomposeurs qui nous débarrassent des cadavres et des déchets organiques de toutes sortes », complète Christophe Daugeron. Ses œufs sont en effet pondus sur les charognes, les excréments ou d’autres matières organiques en décomposition. Les larves (les asticots) qui en sortent se développent et se métamorphosent dans ce milieu favorable. En l’espace de quelques jours/semaines, le cadavre est décomposé par l’action des asticots qui participent ainsi, de manière efficace et gratuite, aux services écosystémiques rendus par la nature !

Les larves et le traitement des ulcères du pied diabétique

Les larves de Lucilia sericata sont aussi très utiles aux vivants ! La larvothérapie ou asticothérapie, qui consiste en l’application de larves de mouches vertes dans certaines plaies, donne d’excellents résultats en médecine humaine notamment dans le traitement des ulcères du pied diabétique. En ces temps d’antibiorésistance, « l’idée que l’homme pourrait, en dernier recours, être sauvé par Lucilia sericata est quand même assez savoureuse » sourit Christophe Daugeron.

Alexandrine Civard-Racinais