Les baleines rétrécissent à cause des activités humaines et notamment la pêche !

En 40 ans, les baleines franches de l’Atlantique Nord ont perdu un mètre de long en moyenne ! Cette diminution de taille est corrélée à des incidents toujours plus nombreux avec des installations de pêche

Les baleiniers les avaient quasi exterminées au cours du XIX ème siècle. Si leur chasse commerciale est aujourd’hui interdite, les baleines franches d’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) n’en continuent pas moins à pâtir des activités humaines. Au point que ces géantes des mers, qui peuvent atteindre 14 mètres de long, ont vu leur taille se réduire depuis les années1980, alertent les auteurs d’une étude publiée dans la revue Current Biology.

Des incidents de plus en plus nombreux

Les baleines franches sont victimes d’accrochages avec des dispositifs de pêches. Il peut s’agir de filets, mais aussi de lignes, rattachées aux casiers utilisés pour la pêche au crabe ou au homard, disposées près des côtes de l’Amérique du Nord qu’elles longent lors de leur migration entre leur zone d’alimentation et leur zone de reproduction. Ces incidents sont de plus en plus fréquents et peuvent être associés à des engins de pêche fonctionnels, mais aussi abandonnés. En une dizaine d’années, le nombre d’enchevêtrements par animal a été multiplié par quatre.

Des conséquences préjudiciables

Même lorsqu’ils ne conduisent pas à la mort, ces épisodes d’enchevêtrements se révèlent extrêmement délétères. « Emmêlée à une partie de l’engin de pêche, la baleine nage moins efficacement, ce qui induit un cout énergétique élevé » relève Vincent Ridoux, professeur de biologie marine à l’université de La Rochelle. Une dépense énergétique accrue préjudiciable à la croissance de l’animal ou à la production de lait.

Mères et petits paient un lourd tribut

Les auteurs de l’étude constatent d’ailleurs que la petite taille est fortement corrélée avec les épisodes d’enchevêtrements observés chez les baleineaux ou chez les mères allaitantes. Pendant l’allaitement de leur unique petit, celles-ci vivent sur leurs réserves de graisse. « Une femelle qui ne dispose pas de réserve suffisante, va allaiter moins longtemps et son petit sera moins gras à la fin de cette période », soulève Vincent Ridoux. Or, lui aussi a besoin de réserves pour passer le cap critique du sevrage, avant d’entreprendre son premier voyage au long cours. Dans certains cas extrêmes, les chercheurs notent même que de jeunes baleines sont plus courtes de plusieurs mètres que ce qu’elles devraient mesurer au même âge.

Des dégâts collatéraux et cumulatifs

Ces dégâts collatéraux liés aux rencontres avec des engins de pêche s’ajoutent à d’autres menaces anthropiques : « captures accidentelles, collision avec des bateaux, pollution sonore, etc. », énumère Vincent Ridoux. Une catastrophe pour cette population, qui n’a jamais réussi à reconstituer ses effectifs. La baleine franche d’Atlantique Nord est aujourd’hui classée en « danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’UICN. Il ne resterait que 200 à 250 individus matures. « A ce stade, le décès surnuméraire d’un seul individu par an en liaison avec des activités humaines n’est pas soutenable pour l’espèce »

Alexandrine Civard-Racinais

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