Endométriose : le premier centre de soins français a ouvert à Bordeaux

À Bordeaux, la clinique Tivoli-Ducos compte désormais un centre qui se consacre entièrement à l’endométriose. Cette affection mal diagnostiquée touche plus d’une femme sur dix. Unique en France, cette structure médicale bordelaise soigne les patientes tout en faisant de la recherche et de la formation

Trop mal connue et sous-diagnostiquée, l’endométriose touche environ 10 à 15 % des femmes en âges de procréer. Partant de ces constats, les chirurgiens gynécologiques Horace Roman et Benjamin Merlot et la gynécologue spécialiste de la médecine de la reproduction Isabella Chanavaz-Lacherey, ont décidé de co-fonder en 2018 le centre d’endométriose de la clinique Tivoli-Ducos, à Bordeaux. Rejoints récemment par un troisième chirurgien gynécologique, Dennis Thomas, ils réalisent chaque année plus de 3700 consultations et 750 chirurgies d’endométriose sur des femmes qui souffrent de formes graves de la maladie et sont généralement en échec thérapeutique.

Une pathologie invalidante et cause d’infertilité…

« L’endométriose est une pathologie compliquée qui provient de l’endomètre, muqueuse qui tapisse l’utérus, explique le Dr Merlot. Dans cette maladie, les cellules qui constituent l’utérus migrent anormalement en dehors de celui-ci et colonisent d’autres organes de l’abdomen : le côlon, la vessie, le diaphragme, les nerfs, altérant leur fonctionnement. Connue depuis 1870, elle est pourtant mal diagnostiquée et la première cause d’infertilité. »

Il ajoute : « Bénigne mais invalidante, elle débute au moment des premières règles et cesse en principe à la ménopause. Ses causes sont mal identifiées, elle serait une maladie multifactorielle, avec des facteurs hormonaux, environnementaux et génétiques. Le risque de développer une endométriose est d’ailleurs multiplié par cinq chez les femmes qui ont une sœur ou une mère touchée par cette maladie. Elle provoque divers symptômes, les « 5D » : aux dysménorrhée (règles douloureuses) et dyspareunie (douleurs pendant les rapports sexuels) peuvent s’ajouter des douleurs pelviennes chroniques, des troubles digestifs (diarrhées, constipation) et une dysurie (difficulté à uriner). » Au fil des années, le paracétamol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens ne suffisent plus à apaiser les douleurs…

…mais de mieux en mieux prise en charge

Le chirurgien gynécologique Dr Benjamin Merlot (à gauche) a fondé avec plusieurs confrères un institut dédié à l'endométriose - maladie qui touche plus d'une femme sur 10 - à la clinique Tivoli-Ducos, à Bordeaux. Également chirurgien-gynécologue, le Dr Thomas Dennis est venu renforcer l'équipe de soignants récemment. ©Florence Heimburger

Les chirurgiens-gynécologues Dennis (à gauche) et Merlot (à droite) forment chaque année 120 praticiens français et étrangers aux techniques chirurgicales qui permettent de faire reculer la maladie. Photo Florence Heimburger

Plusieurs traitements sont alors proposés en fonction du degré de la maladie : « Nous pouvons prescrire un traitement hormonal (pilule contraceptive continue) provoquant une absence de règles. Mais aussi proposer une chirurgie mini-invasive permettant une exérèse complète des tissus touchés sans détérioration des ovaires. La prise en charge est personnalisée et s’adapte à chaque femme car chaque cas est différent, souligne le Dr Merlot. Par ailleurs, nous proposons aussi des soins de support : une prise en charge par une psycho-sexologue, de l’ostéopathie, des consultations antidouleur… Nous recommandons également de faire du sport et de surveiller son alimentation : éviter la viande rouge, le gluten, le lactose et les sucres « rapides », qui sont des aliments pro-inflammatoires et amplifient le trouble… ».

Formations et recherche médicale

Fraîchement certifié « centre d’excellence en soins multidisciplinaires de l’endométriose » par l’organisme international Surgical Review Corporation, le centre dispense des formations chirurgicales au bloc opératoire : 120 praticiens français et étrangers y sont formés chaque année.

L’institut vise également à mieux connaître la maladie en suivant à long terme chaque patiente. Trois attachés de recherche clinique travaillent à récolter des données afin de mieux appréhender la maladie, les parcours de chaque patiente, éviter les errances diagnostiques et mieux prendre en charge la pathologie.

Florence Heimburger