L’ambroisie et deux espèces de moustiques sur le podium des espèces les plus coûteuses

Une plante et deux espèces de moustiques, toutes présentes en Nouvelle-Aquitaine, occupent les trois premières places du podium des espèces invasives les plus couteuses. Il s’agit de l’ambroisie, d’aedes aegypti et d’aedes albopictus, alias le moustique tigre

Entre 1,1 et 10,2 milliards d’euros en seulement 25 ans ! C’est l’estimation des coûts engendrés par les espèces exotiques envahissantes en France réalisée par des chercheurs du CNRS, du MNHN, de l’Université Paris-Saclay et de l’Université de Rennes 1.

Ces premiers résultats, publiés le 29 juillet dans un numéro spécial de la revue scientifique NeoBiota et présentés à l’occasion du Congrès mondial de la nature (UICN 2021), ont été obtenus dans le cadre du projet InvaCost*. Développé par une équipe de chercheurs du Laboratoire d’écologie, systématique et évolution de l’université Paris Saclay et du CNRS, ce projet collaboratif a permis notamment la construction de la plus grande base de données mondiale sur les coûts engendrés par les espèces exotiques envahissantes. Et les premières analyses font froid dans le dos.

Légende : La Nouvelle-Aquitaine fait partie des régions métropolitaines les plus impactées par les invasions biologiques, avec des coûts compris entre 5 et 100 millions d’euros (source : INVACOST).

Un coût estimé à 40 millions par an

« Sur les 98 espèces exotiques envahissantes pour lesquelles nous disposons de données, les plantes et les insectes sont ceux qui génèrent les coûts économiques les plus importants », souligne David Renault, chercheur à l’université de Rennes 1. L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) occupe la première marche du podium. Cette plante, originaire d’Amérique du nord, est responsable d’allergies et de pertes de rendements agricoles. Deux espèces de moustiques aedes aegypti et aedes albopictus, la talonnent. Originaires d’Asie, ces insectes piqueurs sont vecteurs d’agents pathogènes responsables entre autres de la dengue ou encore de la fièvre jaune. À elles seules, ces trois espèces « coûtent » près de 40 millions d’euros par an. « Avec un fort impact sur le secteur de la santé, mais aussi  sur celui de l’agriculture, et des loisirs ».

La face visible de l’iceberg

Très alarmants, « ces coûts restent encore grandement sous-estimés et ne représentent que la face visible du fardeau économique réel des invasions biologiques », prévient David Renault. Car les chercheurs manquent de données pour l’immense majorité des  2 750 espèces exotiques, introduites ou envahissantes, présentes en France**. A ces lacunes en matière de connaissances, s’ajoute un « manque de moyens alloués à la surveillance, la prévention, la gestion de ces invasions biologiques » favorisées en grande partie par les activités humaines à l’ère de la mondialisation. Le moustique tigre est ainsi passé d’un continent à l’autre grâce aux exportations commerciales de pneus rechapés (pontes d’oeufs). Or, une fois installées, ces espèces exotiques sont très difficiles à contenir et quasi-impossible à éradiquer. En la matière, « ne rien faire coûte plus cher que faire » conclut David Renault. Et il y a urgence à prévenir un risque amené à s’amplifier dans les années/décennies à venir.

Alexandrine Civard-Racinais

* Base de données collaborative alimentée par un réseau international d’économistes et d’écologues, actualisée en temps réel, et accessible en ligne.

** France métropolitaine et territoires d’outre-mer.

 

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