Faut-il douter de tout ce que l’on voit sur internet ?

Pour Isabelle Martin, déléguée à l’éducation aux médias et à l’information de l’Académie de Bordeaux, il est nécessaire de donner aux plus jeunes une méthodologie pour pouvoir douter sans tout remettre en question

« C’est une thématique qui me parait vraiment intéressante car elle interroge toute la question de l’esprit critique, lequel est au centre des missions assignées par le système éducatif, et particulièrement de l’éducation aux médias.

L’exercice de l’esprit critique consiste justement à parvenir à réinstaller une notion de confiance, quand c’est la méfiance, voire la défiance qu’une partie du public et des jeunes entretient vis-à-vis de l’information. La difficulté qui se présente parfois, c’est que des enseignants ont le sentiment qu’en développant l’esprit critique, on peut amener les plus jeunes à se perdre et précisément à douter de tout. Or si l’on veut que le doute soit constructif, il faut que l’on ait acquis des compétences permettant d’identifier ce qui est de l’information et ce qui n’en est pas.

Leur donner une méthodologie, c’est les armer face au doute et les amener à se repérer dans l’environnement vertigineux que sont les données en ligne. Comme le dit le philosophe Marcel Gauchet, internet oblige à remettre de l’ordre dans le désordre. 

Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale a édité un rapport, en mars 2021, qui s’appelle Eduquer à l’esprit critique, bases théoriques et indications pratiques pour l’enseignement et la formation, coordonné par la philosophe Elena Pasquinelli et le sociologue Gérald Bronner.

« Douter, ce n’est pas tout critiquer »

Il y est précisé dès l’introduction que la notion d’esprit critique utilisée sans définition claire et sans repère peut amener vers des thèses négationnistes ou complotistes. Douter, ce n’est pas tout critiquer mais savoir mesurer la confiance que l’on peut accorder à certaines informations. Ce qui n’est pas toujours facile, car cela suppose parfois d’admettre que l’on n’est pas assez connaisseur d’un sujet pour juger de ce qui est vrai ou faux. Or, on l’a vu sur la vaccination par exemple, les experts eux-mêmes ne sont pas toujours d’accord.

Donc quand on intervient sur la question de l’information et des fake news, on donne les moyens d’analyser ce qui repose sur un véritable travail journalistique et permet donc de s’assurer que ce qui est dit repose sur des faits. Qu’il peut y avoir des erreurs, bien sûr, mais pas intentionnelles.

« vérifier que les sources sont bien indiquées »

On les amène à comprendre l’importance de vérifier que les sources sont bien indiquées, en somme on les amène à pouvoir douter mais en étant armés pour le faire. Car, comme le rappelle Gérald Bronner, l’esprit critique est la revendication du doute, qui est fondamental en démocratie. Cela rejoint la pensée cartésienne, qui dit que la connaissance se construit par le doute.

Pour les élèves, ce processus n’est pas toujours facile, il doit se dérouler sur toute une scolarité et nous sommes nombreux à y participer, professionnels de l’éducation nationale mais aussi journalistes, structures associatives et culturelles… »

Retrouvez toutes les articles de notre série sur l’esprit critique ici.

Propos recueillis par
Jean Berthelot de La Glétais

 

Avec le soutien du ministère de la Culture