Le vrai du faux sur le poulpe commun qui prolifère sur nos côtes

Vilipendé par les pêcheurs pour sa voracité, le poulpe est aussi très pêché car de plus en plus apprécié. Découvrons cet animal qui fait un retour remarqué sur la côte atlantique

« Les poulpes avaient disparu depuis les années 60 des côtes normandes », rappelle Ludovic Dickel, professeur d’éthologie à l’Université de Caen Normandie. « Aujourd’hui ils reprennent leur place ». Ces mollusques, membres de la grande famille des céphalopodes, sont de retour sur toute la façade Atlantique. Au grand dam des pêcheurs de coquilles St Jacques qui voient en lui un féroce prédateur, tandis que d’autres se félicitent de sa présence. Car le poulpe commun, Octopus vulgaris, alias Monsieur Poulpe, est très apprécié de certains gourmets.

Un féroce prédateur ?

Avec trois kilos tout mouillé, Monsieur Poulpe manque un peu d’épaisseur. Mais ses huit bras et son redoutable « bec de perroquet » compensent son faible gabarit. Ajoutons à cela une botte secrète : la céphalotoxine ! Un venin capable de tuer un lapin, qui paralyse au préalable ses proies. Animal carnivore, le poulpe se nourrit essentiellement de crustacé qu’il n’hésite pas à prélever dans les appareils de pêche (nasses, casiers). Car la bête est rusée…

 Intelligent et sensible

« Le poulpe est un animal exceptionnel capable de comportements sophistiqués, fruits d’une longue histoire évolutive. C’est une merveille ! » s’exclame Ludovic Dickel qui l’étudie au sein du laboratoire EthoS (UMR 6552). Leurs étonnantes facultés cognitives font l’objet d’études depuis la moitié du siècle dernier. Doté d’une forme de sensibilité, « le poulpe est aussi très probablement un être sentient, capable d’éprouver des choses, la douleur ou autre, subjectivement ». Au point d’être le seul invertébré inclus dans la Directive 2010/63/EU sur le bien-être des animaux en expérimentation.

Manger ou être mangé

En revanche hélas, son intelligence ne le protège pas… de l’appétit des hommes. En Europe, 130 000 tonnes de poulpes sauvages sont consommées chaque année dont 60 000 en Italie, plus gros consommateur de l’Union. Et la demande mondiale est en augmentation. Résultat, des projets d’élevage de pieuvres sont en cours de développement aux quatre coins du globe, notamment en Espagne. Dans un rapport (en anglais) publié en octobre 2021, l’ONG CIWF évoque un « désastre annoncé ». Et « exhorte le secteur de l’aquaculture à renoncer au développement de l’élevage de pieuvres afin d’éviter souffrance animale et dommages à l’environnement. »

Pas de solution miracle

« Continuer à prélever des poulpes en milieu naturel n’est pas davantage une solution d’avenir », soupire Ludovic Dickel qui estime difficile à terme de se passer des fermes d’élevages. « Si on veut vraiment élever des poulpes en captivité il faut le faire de manière éthique et cela implique de bien les connaître », plaide le chercheur. « Il ne s’agit pas seulement d’éviter de les faire souffrir, mais de leur donner des conditions de vie qui les rendent heureux ». Ne pas les découper vivants, comme c’est le cas actuellement sur les chalutiers et dans les ports, serait déjà un bon début.

Alexandrine Civard-Racinais