Comment interroger ce que l’on voit sur les réseaux sociaux ?

Rayya Roumanos, maîtresse de conférence à l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA), spécialiste des évolutions du journalisme à l’heure du numérique, explique comment remettre en cause une information présentée comme fiable sur les réseaux sociaux

« Le doute, c’est la base du travail journalistique. Il faut douter pour pouvoir composer un récit sur la foi d’informations saines plutôt que d’autres dont on ne connait ni les sources ni les motivations. Nous sommes là au cœur de la problématique des réseaux sociaux. Et le grand public doit adopter la même démarche ; douter de ce qui y circule, de cette masse avec tellement d’entités qui interviennent, essayer de comprendre d’où viennent les informations, d’évaluer leur qualité, de mesurer les intentions pour ne pas être manipulé.

Sauf que le grand public, le plus souvent, n’est pas dans une logique de recherche, mais plutôt de réception continuelle de ces informations. Les journalistes peuvent jouer un grand rôle de sensibilisation, en insistant sur le fait que ce qui est transmis, partagé, n’est pas forcément de très grande qualité. En rappelant qu’il faut conserver une forme de vigilance.

« Les journalistes peuvent tenter d’assainir l’écosystème de l’information »

Cette sensibilisation peut se faire par le biais de leurs articles, soit généralistes soit pointant du doigt une problématique particulière. Et il y a les services de fact-checking, ces cellules mises en place pour débusquer les erreurs, les désinformations, les informations partiales ou incomplètes… Il y a des modèles très impliquant, où le grand public est invité à repérer des fake news potentielles, à les faire remonter vers des services de fact-checking qui vont les vérifier. Et puis il y a les vérifications dans lesquelles le grand public est véritablement partie prenante : je pense notamment à ce qu’on appelle l’open source intelligence, ou OSINT. Par exemple, sur un terrain difficile d’accès, un journaliste va demander à une personne sur place d’aller vérifier la géolocalisation de telle ou telle vidéo. 

Il existe donc des remèdes à la désinformation et les journalistes peuvent tenter d’assainir l’écosystème de l’information. Mais il faut qu’ils dépassent des obstacles de plus en plus nombreux. Car ils sont concurrencés par des structures qui ne respectent pas la logique journalistique, parce qu’elles ne sont pas des médias d’information mais bien des outils de propagande, par exemple.

On l’a vu aux États-Unis, on le voit arriver en France : certains médias n’ont qu’un seul but, déstabiliser un pays perturber notamment le déroulement des élections. Il faut une prise de conscience générale du fait que les acteurs de la désinformation sont de plus en plus puissants et efficaces. Ils utilisent des outils de pointe, bénéficient de financements gigantesques à l’heure où les médias authentiques traversent une crise économique. Pour réduire l’espace qu’occupe la désinformation, il est indispensable d’augmenter celui qu’occupe le journalisme. » 

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Jean Berthelot de La Glétais

 

Avec le soutien du ministère de la Culture