Sclérose en plaques : le virus de la mononucléose en serait le déclencheur

Le développement de la sclérose en plaques est probablement provoqué par une infection par le virus d’Epstein-Barr. C’est le virus à l’origine de la très répandue mononucléose infectieuse. Ces travaux ouvrent la voie à la mise au point d’un vaccin préventif

Une étude américaine parue en janvier 2022 dans Science lève une partie du mystère sur l’origine, jusque-là inconnue, de la sclérose en plaques (SEP). Elle révèle que le virus d’Epstein-Barr, un Herpèsvirus humain très répandu (90 à 95 % des personnes dans le monde en sont infectées), qui se transmet par la salive et cause plusieurs maladies dont la mononucléose infectieuse, serait le déclencheur de la maladie neurologique. Cette infection était suspectée depuis une vingtaine d’années de participer à l’apparition de la SEP. Aujourd’hui, l’hypothèse se confirme.

Un risque multiplié par 32 lorsqu’on a contracté Epstein-Barr

Les chercheurs de l’Université de Harvard (Massachusetts, États-Unis) ont passé au crible les données de plus de 10 millions de jeunes militaires de l’armée américaine suivis sur une période de 20 ans, et dont 955 ont été diagnostiqués « SEP » au cours de leur période de service. Ils ont découvert que le risque de développer une sclérose en plaques était multiplié par 32 après une infection par le virus d’Epstein-Barr. Et n’augmentait pas après d’autres infections virales, y compris à cytomégalovirus, un virus qui se transmet aussi par la salive.

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune et dégénérative du système nerveux central (cerveau et moelle spinale) dans laquelle les cellules immunitaires (lymphocytes B) s’attaquent à la gaine de myéline protectrice des fibres nerveuses. Ces dernières jouent un rôle important dans la propagation de l’influx nerveux du cerveau aux différentes parties du corps et inversement. Évoluant par « poussées », la maladie varie d’un patient à l’autre et entraîne une incapacité neuromotrice et neurosensorielle progressive pouvant aller jusqu’à la paralysie dans les formes les plus graves.

La sclérose en plaques se déclare généralement entre 25 et 35 ans et touche davantage les femmes (3/4 des malades sont de sexe féminin). Les symptômes sont variés et souvent invisibles : troubles de l’équilibre et étourdissements, troubles urinaires et intestinaux, cognitifs (problèmes de concentration et de mémoire), de la marche, de la vue, fourmillements dans les bras ou les jambes, dépression, fatigue…

D’autres facteurs tels la génétique, le tabagisme, une hypovitaminose D et la nature du microbiote pourraient aussi être impliqués dans le développement de la maladie.

Bientôt un vaccin à ARNm contre Epstein-Barr ?

La sclérose en plaques touche 2,8 millions de personnes dans le monde dont 1 million en Europe, selon la Fondation pour l’aide à la recherche sur la sclérose en plaques et 100 000 en France selon Santé Publique France. Aucun traitement ne guérit la sclérose en plaques mais certains atténuent les symptômes.

La société de biotechnologie américaine Moderna (à l’origine d’un vaccin à ARN messager anti-Covid-19) vient d’annoncer qu’elle a commencé à tester sur des humains un candidat vaccin à ARN messager contre Epstein-Barr. La fin de ces essais de phase 1 (qui visent à mesurer la tolérance du produit chez l’homme) est prévue pour juin 2023.

Florence Heimburger