Une borne anti-moustique écologique qui fait baisser de 90 % les piqûres

Avec les beaux jours, les moustiques passent à l’attaque dès ce mois de mai. Qista, une start-up des Bouches-du-Rhône a mis au point un système de démoustication propre. Des bornes, intégrées au mobilier urbain, qui imitent la respiration humaine et l’odeur de la peau pour mieux capturer les moustiques femelles, car ce sont elles qui piquent. Explications

Voilà l’été, voilà l’été, enfin l’étéhéhé ! Si la diffusion sur les ondes de ce tube des Négresses vertes lance la saison estivale et nous réjouit, l’arrivée des beaux jours signifie aussi le retour des… moustiques. En particulier du moustique tigre, Aedes albopictus, espèce exotique potentiellement vectrice de la dengue, du virus Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune, et qui profite du dérèglement climatique pour coloniser le monde, la France y compris.

Les collectivités se mobilisent et ne lésinent pas sur les moyens pour riposter : sensibilisation du public à la lutte contre les gîtes larvaires, épandage de larvicides et biocides, pièges… Des mesures qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur l’environnement.

Des molécules qui attirent

Choqué par l’utilisation de larvicides au cœur du parc régional de Camargue, le Bucco-Rhodanien Pierre Bellagambi, alors ingénieur à la Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes à Arles, a mis au point un piège anti-moustiques écologique. « L’appareil imite la respiration humaine en diffusant de manière cadencée et dans les mêmes proportions qu’un être humain du CO2 recyclé issu de la fermentation céréalière ou récupéré lors de process industriels », explique Pierre Bellagambi, directeur de l’entreprise Qista, basée à Sénas (Bouches-du-Rhône), et co-concepteur du piège innovant. « Cette borne diffuse aussi un leurre olfactif qui reproduit l’odeur corporelle. Ce cocktail de molécules attire, dans un rayon de 60 mètres, le moustique femelle, celui qui pique pour se nourrir de notre sang, nécessaire à la maturation de ses larves. L’appareil le capture ensuite par aspiration… »

Pierre Bellagambi, ancien ingénieur co-concepteur des bornes anti-moustiques (BAM) écologiques Qista, devant ses "BAM". Copyrights Qista

Pierre Bellagambi, ancien ingénieur co-concepteur des bornes anti-moustiques (BAM) écologiques Qista, devant ses « BAM ». Photos Qista

Outil de prévention, la borne réduit les nuisances liées aux moustiques sans impacter la biodiversité (sélectivité des insectes capturés, pas d’insecticides et larvicides utilisés…) ni la santé humaine et limite le recours aux pesticides (et par là, le phénomène de résistance).

D’autre part, « connectés, ces pièges sont intelligents. Ils communiquent différentes informations via une application smartphone ou des logiciels plus pointus : données météorologiques, géographiques, temporelles, niveau d’infestation avec le nombre de moustiques capturés, etc. Des données utiles aux scientifiques notamment », souligne Pierre Bellagambi.

Le soutien des Nations Unies

Et ça fonctionne : lors d’une expérimentation en 2015 dans le village Le Sambuc (Bouches-du-Rhône), commune de 530 habitants, au milieu des rizières camarguaises, où une quinzaine de pièges ont été déployés, les piqûres ont baissé de 88 %, et 96 % des habitants ont souhaité poursuivre l’expérimentation. L’étude montre également que ni les chauves-souris et ni les hirondelles des fenêtres n’ont été impactées par le piégeage de leur nourriture. Le taux de natalité de ces espèces est resté stable.

Mise sur le marché en 2016, la borne anti-moustiques, d’un prix de 1000 à 3000 euros (pour les modèles avec panneaux solaires), s’est écoulée à 7500 exemplaires dans 16 pays du monde (Singapour, pays d’Afrique, Caraïbes…). Dans les prochains mois, elle va faire son apparition au Canada, aux États-Unis et dans la ville de Djibouti (République de Djibouti) pour lutter contre le paludisme et le chikungunya. Qista a reçu le soutien des Nations Unies et du ministère de la Santé rwandais. L’entreprise équipera aussi le village des athlètes aux Jeux Olympiques 2024, qui se dérouleront à Paris.

En France, 5000 pièges ont été installés par les collectivités territoriales ou des particuliers. La Nouvelle-Aquitaine n’est pas en reste : Agen, Bègles, Bergerac, Bordeaux, l’Île d’Oléron, Marmande, Pessac, Rochefort, Talence et La Teste-de-Buch en sont déjà pourvues !

Florence Heimburger