Guerre en Ukraine : comment l’Europe peut se passer des énergies russes ?

D’où provient l’énergie consommée en Europe et donc en France ? Comment réduire notre consommation et notre dépendance à la Russie ? Le point

« Poutine doit payer le prix fort pour son agression brutale » a affirmé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne mercredi 4 mai 2022 sous les applaudissements des eurodéputés. Après une interdiction des importations de gaz et charbon russes, l’Union européenne (UE) souhaite instaurer un embargo sur le pétrole russe et un arrêt des importations de brut dans les six mois et des produits raffinés d’ici fin 2022. Cette volonté a été freinée par la Hongrie qui a voté contre. Or, l’unanimité des 27 est impérative pour l’adoption de sanctions par l’UE.

Réunis le 8 mai, date symbolique de la fin de la Seconde Guerre mondiale, en visioconférence avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le G7* s’est engagé à arrêter d’importer du pétrole russe.

Les États membres européens peuvent-ils tous se passer de ces énergies russes ? A quel degré en sont-ils dépendants ? Quelles alternatives envisagent-ils ?

La Russie est le premier partenaire énergétique de l’UE : elle fournit 40 à 50 % des importations européennes de gaz et de charbon et 20 à 25 % des importations européennes d’hydrocarbures. Les quatre principaux acheteurs de gaz, pétrole et charbon sont l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la France. Des achats qui financent indirectement la machine de guerre de Moscou…

Mais le boycott des énergies russes n’est pas facile à mettre en œuvre et pourrait même avoir un effet contre-productif avec une flambée des prix…

Des solutions possibles mais coûteuses et contraignantes

Le degré de dépendance des différents États-membres par rapport à ces importations énergétiques n’est pas identique. Ainsi, l’Allemagne importe de Russie 55 % de son gaz et 42 % de son pétrole, contre 17 % et 9 % pour la France. La Hongrie et la Slovaquie, deux pays enclavés, dépendent exclusivement du pétrole russe.

L’Italie, qui a abandonné le nucléaire il y a 35 ans (référendum populaire de 1987), veut à tout prix éviter que Moscou ferme le robinet du gaz…

Des solutions sont envisagées, qui risquent d’être coûteuses et contraignantes. Côté gaz naturel, pour les foyers et industries, une augmentation des livraisons d’autres pays producteurs comme la Norvège et l’Algérie est envisagée : la Norvège est en train de finaliser un nouveau gazoduc vers la Pologne. Et l’Algérie livre la France grâce à un tuyau qui transite par l’Italie.

La prolongation de certaines centrales nucléaires pour soulager les centrales à gaz est aussi envisagée. Tout comme l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) venu de pays plus lointains : d’Amérique, du Golfe (Qatar) et d’Océanie (Australie). Cette alternative au gaz acheminé par des gazoducs risque néanmoins d’avoir un coût très élevé.

Dernière option sur la table : le biométhane, qui ne représente pour l’heure qu’une infime fraction du mix énergétique de l’UE, inférieure à 1 %. La guerre en Ukraine pourrait toutefois donner un coup d’accélérateur au projet européen RePowerEU, qui a pour ambition de produire 35 milliards de mètres cubes de biométhane d’ici 2030.

Par ailleurs, l’UE compte mettre en place une plateforme d’achats communs pour que tous les États-membres puissent acheter du gaz à d’autres pays que la Russie et constituer des stocks d’ici l’hiver prochain.

Côté or noir, une dérogation a été proposée à la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque pour leur permettre de poursuivre leurs achats à la Russie jusqu’à fin 2024. La Bulgarie, la Grèce, Chypre, Malte ont également fait valoir leurs difficultés.
La Norvège, le Kazakhstan et les États-Unis seront sollicités pour livrer plus de pétrole aux pays de l’UE. Ce qui risque d’engendrer une hausse mondiale des prix ou des rationnements ou les deux.

Vers la sobriété énergétique ? « La paix ou la climatisation »

Enfin, pour faire face à cette crise énergétique d’ampleur, plusieurs pays recommandent la sobriété énergétique. En Italie, qui a adopté la mesure « thermostat », les familles, entreprises, hôpitaux, écoles et administrations devront réduire la climatisation cet été et le chauffage l’hiver prochain d’un degré. En Allemagne, la piste du rationnement du gaz est envisagée. A Madrid, la fréquence de passage des rames de métro a été abaissée de 10 % pour réduire la consommation en électricité.

L’effort devra donc être collectif et sera contraignant. Mais, pour reprendre les propos du chef du gouvernement italien Mario Draghi : « Voulons-nous la paix, ou (…) allumer la climatisation cet été ? »

Florence Heimburger

*G7 : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni.