Une maison de retraite pour des éléphants vient d’ouvrir en Limousin

Un éléphant dans un pré au fin fond de la campagne. Étonnant ? C’est l’heureux dénouement du projet Elephant Haven qui a accueilli un pachyderme dans une maison de retraite pour éléphants. Une première en Europe qui se passe en Limousin

Après plus de 20 ans passés au zoo de Danemark et autant à Pont Scorff en Bretagne, la mamy aspire à une vie tranquille. Loin des visiteurs. Et le plus longtemps possible. « Certains vivent jusqu’à 70 ou 80 ans mais c’est rare, 53 ans c’est déjà vieux malheureusement. Elle a des abcès aux pattes à cause du sol et elle ne faisait pas trop de mouvements » explique Sofie Goetghebeur et Tony Verhuls. Le couple belge a décidé de créer une maison de retraite pour éléphant à Saint-Nicolas-Courbefy, aux confins de la Dordogne et de la Haute-Vienne.

L’éléphante nommée Gandhi a trouvé son havre de paix. Bien à l’abri des curieux. Une maison de retraite où elle sera chouchoutée. Il aura fallu de la persévérance, du courage et un gros brin de folie pour que Elephant Haven voit le jour. Le premier sanctuaire pour éléphants en Europe a enfin accueilli ses portes à sa première pensionnaire. Sofie et son conjoint Tony ne sont pas fous. Ce sont même pionniers dans leur domaine. Ils avaient anticipé la loi votée en 2021 interdisant les animaux sauvages dans les cirques.

Deux ans pour trouver le lieu idéal

Ces Flamands soigneurs au zoo d’Anvers ont cette idée folle en 2012. « Créer un lieu pour ces vieilles dames pour qu’elles y restent jusqu’à la fin de leur vie explique Sofie, un sanctuaire comme il en existe déjà en Asie, en Afrique et aux Etats-Unis. »

Trouver un lieu d’accueil leur a pris des mois, au prix de nombreuses visites dans le Sud de la France et en Italie. En 2014, ils craquent pour une ancienne propriété agricole de 29 hectares nichée en Haute-Vienne. « Il fallait trouver le bon équilibre, beaucoup d’eau, de la place, du foin et des arbres comestibles, ici c’est vert toute l’année et on pourra s’agrandir », précisent-ils.

Le couple entame un long parcours semé d’embûches pour monter les dossiers administratifs. Parlant mal français, ils trouvent leurs premiers soutiens auprès des maires de Saint-Nicolas-Courbefy et Bussière-Galant. En 2017, le fameux sésame de la préfecture arrive, l’autorisation de bâtir une étable pour trois éléphantes.

Entre temps, leur projet a séduit des mécènes et donateurs comme la Fondation Brigitte Bardot, One Voice et de nombreuses entreprises. Une cohorte de bénévoles s’est aussi impliquée comme cet Américain venu trier, ce jour-là, les fruits et légumes invendus donnés par les commerçants des alentours. Le couple a fédéré autour de lui des gens d’horizons différents, prêts à donner du temps ou de l’argent pour la cause des éléphants.

Bientôt une copine pour Gandhi

L’éléphante Gandi aura bientôt avec elle une congénère venue d’un zoo de République Tchèque. Photo Elephant Haven

Depuis huit mois, Gandhi apprend sa nouvelle vie. Elle sort et entre librement dans son étable, elle arpente le parc de 9 hectares, un peu vaste pour partir en escapade. La vidéo surveillance permet de garder un œil bienveillant sur elle. « C’est vraiment un centre de soins, on s’entraîne pour lui faire ses soins, ça prend du temps mais la confiance grandit petit à petit nous confie Sofie, tout est nouveau pour elle, l’étable, les lumières, les bruits la nuit, l’extérieur, même notre chat ! Elle est vite surprise. Et elle a ses humeurs comme les gens, elle est peureuse mais volontaire. »

Gandhi aura dans quelque temps une congénère pour partager son enclos. Elephant Haven va accueillir Delhi, une jeune mamy de 39 ans actuellement dans un zoo de République Tchèque. Elle y vit seule depuis quatre ans. Une éléphante plus grande et plus grosse. « Elle a beaucoup de cheveux, on dirait un mamouth, c’est une nouvelle aventure qui commence, on les mettra en contact petit à petit. On espère que ça se passera bien « , se réjouit Sofie.

Corinne Mérigaud