Quand les animaux réinventent la démocratie

On vient de choisir un président et maintenant nous sommes appelés à voter pour les législatives. Comme les animaux !  Selon des systèmes plus simples, qui ressortent davantage de la démocratie participative. Parce que oui, la démocratie, c’est aussi une affaire de bêtes

Prenons le gorille : le chef n’est le chef que parce qu’il écoute les autres. Alors certes, c’est le vieux mâle à dos argenté qui lance le signal du départ mais ce sont les femelles qui lui signalent qu’il est temps de se bouger les fesses pour aller chercher à manger.  Une première se met à grogner. Si son avis est partagé, une autre lui répond puis les autres emboîtent le pas à une fréquence de plus en plus rapide jusqu’à ce que le chef n’ait pas d’autre choix que de céder. S’il venait à ne pas respecter la volonté commune, il se retrouverait seul.

Ne pas s’aliéner ses opposants

Sans surprise, ce sont les primates qui ont les sociétés les plus politiquement structurées. Ou alors les plus proches et compréhensibles pour les chercheurs qui s’y sont penchés avec plus d’attention. En 1982, Frans de Waal sort « La politique du chimpanzé » qui fait grand bruit. Il y affirme que, certes, il y a toujours un dominant dans les groupes mais ce n’est pas nécessairement le plus fort ni le plus agressif.

Le chef doit aussi être capable de ne pas s’aliéner ses opposants ou certains de ses suivants les plus contestataires et donc être capable de créer des coalitions qui le maintiendront au pouvoir. Toute ressemblance avec la société humaine… Plus démocratiques encore, chez certains babouins, n’importe quel individu peut initier un déplacement du groupe. Il suffit qu’il fasse campagne assez efficacement pour créer un mouvement général.

Quand la majorité décide contre le dominant

Reste qu’en dehors des singes, on a aussi des organisations poussées. Qui ne se retrouvent, de manière assez parlante, que chez les animaux qui vivent en groupe, comme si seul le fait d’être en bande nécessitait un système « politique ». Globalement, même s’il y a le plus souvent un chef, il partage une grande partie de son pouvoir avec les autres, selon des systèmes subtils.

Les bisons d’Europe s’alignent dans la direction qu’ils souhaitent prendre, tout en continuant à brouter. Au bout d’un moment, lorsqu’une ligne est plus longue qu’une autre, ils choisissent tous la direction qu’elle indique. Et même dans les sociétés despotiques, il reste une part de « démocratie ».

Chez le lycaon, par exemple, seul le couple dominant a le droit de se reproduire. Mais au repos, si un individu veut aller chasser, il se lève et prend une position de chasse en allant voir les autres, qui signalent leur accord en éternuant. Si une majorité éternue, tout le monde va chasser, même si les dominants sont contre.

La place des femelles. Parité ?

D’une manière générale, le groupe s’arrange pour trouver un accord pour rester soudé. Seuls les gnous ou les étourneaux peuvent se diviser au point de scinder le groupe. Et la place des femelles dans tout cela ? Difficile parce que le plus souvent, le dominant est un mâle qui s’arroge les « meilleures » femelles… Au mieux, on a un couple de dominants.

Mais chez les éléphants, les hyènes ou les orques, c’est une vieille femelle qui joue ce rôle car elle a la mémoire du groupe : c’est elle qui sait le mieux où trouver de l’eau en toute saison pour les éléphants et les plus gros bancs de poissons chez les orques. Là, il n’y a pas de lutte pour la chefferie : c’est à l’usure.

Jean Luc Eluard