Dans l’estuaire de la Gironde, la nature reprend ses droits sur l’île Nouvelle

Depuis 2010, la partie nord de l’île Nouvelle de l’estuaire de la Gironde évolue librement, sans intervention humaine. Les anciennes friches agricoles ont peu à peu été remplacées par des roselières qui accueillent une riche biodiversité

Aborder l’île Nouvelle par sa face nord-est permet de prendre la mesure de sa vulnérabilité, mais aussi de ses capacités de résilience. C’est ici que la tempête Xynthia a ouvert une brèche en 2010. Douze ans plus tard, c’est encore ici qu’une nouvelle page de son histoire s’écrit sous nos yeux.

Au Nord de l’île Nouvelle, l’eau s’est forgé un chemin en empruntant un ancien réseau de drainage. PHOTO DR Elodie Bouchon, département de la Gironde.

Un site en libre évolution

« Dès le départ, les objectifs de gestion à long terme visaient à renaturer cette ancienne île agricole par une reconnexion marine volontaire sur la partie nord et une gestion contrôlée des niveaux d’eaux sur la partie sud, encore partiellement endiguée », relate Katia Perrin, chargée de mission au Conservatoire du Littoral, propriétaire du site depuis 1991. « Après le passage de Xynthia, nous avons décidé de laisser le milieu évoluer naturellement ». Depuis, le temps à fait son œuvre…

« Au début, on avait surtout de la friche agricole dominée par la Ravenelle (moutarde sauvage), des jeunes frênes et des Baccharis (espèce invasive) », se souvient Sylvain Cardonnel, en charge de l’île Nouvelle au sein du Conseil départemental de Gironde, gestionnaire de cet espace naturel sensible. Après l’ouverture de la brèche, l’eau et le sel ont eu raison des frênes. Dans un premier temps, leur place est restée vide, puis « la végétation s’est implantée peu à peu, avec la formation d’une roselière ». Aujourd’hui, vasières et roselières font de ce lieu un paradis pour poissons et oiseaux, dont la diversité a augmenté.

La brèche ouverte par Xynthia est devenue un chenal de plus d’un 1 km de long, pour 30 mètres de large. PHOTO  A. Civard-Racinais.

Vasières nourricières

La barge pilotée par Sylvain Cardonnel porte le nom d’une espèce de poissons présente au sud de l’île : l’Épinoche. La partie nord où nous nous trouvons, est le royaume du Mulet porc, de la Gobie ou du Bar moucheté qui viennent se nourrir dans les zones de vasières inondées à marée haute.

« Les suivis scientifiques ont montré que la reconnexion marine de plus de 200 hectares apportait de nombreux services écosystémiques, notamment par son rôle de nourricerie », souligne Katia Perrin. A marée basse, ce sont les limicoles comme le Bécasseau variable ou le Grand gravelot qui profitent de la manne.

Accueillantes roselières

Moteur coupé, oreilles aux aguets, Sylvain a repéré le chant d’un Gorgebleue à miroir. Ce passereau doit son nom à la magnifique bavette bleue turquoise arborée par le mâle. Crayon en main, Sylvain note ses observations sur un petit carnet. En 2018, près de 190 espèces ont ainsi été recensées sur l’ensemble de l’île.

Certaines d’entre elles sont inféodées aux roselières. C’est le cas de la Rousserolle effarvatte ou la Locustelle luscinoïde, deux fauvettes paludicoles qui viennent s’y reproduire et donnent de la voix en ce moment. Le Bruant des roseaux y trouve également le gite et le couvert à dautres périodes de son cycle de vie

Les roselières occupent désormais la majeure partie de ce territoire, devenu quasi impénétrable. PHOTO ACR.

Un lieu en constante évolution

« Depuis la formation de la brèche, l’eau entre et sort au gré des marées », modelant en permanence le paysage, et imposant sa loi aux hommes. La marée descendante nous empêche de poursuivre plus avant à l’intérieur du chenal. Il est temps de rebrousser chemin. La suite de l’histoire s’écrit ici sans nous. Si la trajectoire actuelle se poursuit, indique encore Sylvain Cardonnel « toute la zone nord sera recouverte par une forêt alluviale d’ici quelques décennies ». Seule intervention humaine souhaitable et souhaitée : le classement de l’île Nouvelle en réserve naturelle nationale. Une demande sera bientôt déposée en ce sens.

Alexandrine Civard-Racinais

Photo d’ouverture : Elodie Bouchon / Département de la Gironde

Les boisements alluviaux présents à l’extrême sud de l’île Nouvelle, accessible au public, permettent de se représenter à quoi ressemblera la partie nord dans quelques décennies. PHOTO  ACR.

A lire :

Pour en savoir plus sur les îles estuariennes, le lecteur pourra se reporter au Guide de l’estuaire de la Gironde, d’Alexandrine Civard-Racinais (Sud-Ouest Editions).