D’où viennent le mètre et le kilo ?

Avant leur naissance, les mesures étaient différentes d’un pays à l’autre et d’une région à l’autre depuis… la fin de l’Empire romain. À partir de Charlemagne, les souverains vont tenter d’unifier tout cela. En vain.

Avec l’essor du commerce, il devenait urgent de parler de la même chose d’un bout à l’autre du pays et la Révolution française allait y aider. On désigne pour y travailler quelques-uns des plus grands scientifiques de l’époque car le sujet est délicat : plu- tôt que de se servir d’une mesure aléatoire (le « pied », étalon qui précéda le mètre, était la taille du pied du roi), il convient de choisir une unité qui s’impose « à tous les hommes en tous les temps ». On cherche évidemment une unité facilement maniable (donc à taille humaine) et l’on se met d’accord sur un millionième de la moitié d’un méridien terrestre car la mesure de la Terre est alors en plein essor. Ceci donnera lieu à une épopée un peu dingue des mesureurs, qui se soldera en 1798 par l’adoption du mètre, aussitôt transcrit dans un mètre étalon en platine. Mais le temps et l’usure rognent le mètre (de quelques millièmes de millimètre). C’en est trop pour les scientifiques, qui se mettent
d’accord en 1983 pour définir le mètre comme « la longueur de la distance parcourue par la lumière dans le vide en 1 ⁄ 299 792 458 de seconde », qui a l’avantage de ne pas varier (sauf à proximité d’un trou noir).

Et le kilo, alors ? C’est le gramme qui est l’unité de base, définie comme un centimètre cube d’eau pure à 4 degrés. D’où un litre (un décimètre cube) égale un kilo. Mais là, on ne plaisante plus car de la précision du kilo dépendent d’autres unités de mesure (le newton, le pascal et donc le watt, le joule, l’ampère…). Alors, avec ce mètre qui varie infinitésimalement et le maître-kilo aussi (à cause de l’usure, de l’humidité…), autant prendre de la même manière une mesure universelle invariable : depuis le 20 mai 2019, c’est la constante de Planck mesurée sur une balance de Kibble qui fait foi. Et que l’on est bien obligé de croire aveuglément car la définition est rigoureusement incompréhensible pour le commun des mortels. Elle achève surtout de lier mètre et kilo.

Jean-Luc Eluard